Roland-jd-800

Roland JD-800 (1991)

Roland JD-800 (1991)“Quand nous nous sommes assis pour concevoir un synthétiseur programmable, il nous est poussé des boutons”.

C’est le slogan de la pub de l’époque, avec un synthé impressionnant couvrant 2 pages A4 !! Je m’en souviens comme si c’était hier tant ce clavier m’a fait rêver à mes débuts, avec mon modeste Yamaha PSS-795 …

Bon trêve de nostalgie, on n’est pas là pour parler de ma jeunesse mais bien pour évoquer un synthé assez emblématique de la fin du siècle des lumières.
Emblématique ? Oui madame et ce pour une raison tout bête : c’est le premier synthé à remettre au gout du jour une interface de programmation digne de ce nom sur un synthétiseur moderne. Souvenons nous, en 1991 le marché du synthé regorge de monolithes noirs armé d’alpha dial et de potentiomètres Data entry, voire de boutons + / -, une véritable sinécure pour celui qui voudrait un temps soit peu se lancer dans la programmation. Les analogiques sont loin derrière, de toute façon ça se désaccorde tout le temps, y a pas de mémoires, ça coute cher à entretenir et votre femme en a assez que vous passiez vos soirée à patcher votre ARP2600 pour faire un son de babouin au lieu de « faire de la musique » … Bon ok chérie, je sors mon DX-7, j’ai un super son de Piano Rhodes dessus mais moi j’aime bidouiller les sons et ce truc est infect dès que je veux utiliser autres choses que les presets …

Bref, vous l’aurez compris, il y a là un truc à explorer pour un fabricant de la renommée de Roland. Un synthé stable (puisque basé sur la lecture d’échantillon), avec des mémoires (et la possibilité de charger des sons via des cartes d’extension) mais avec une vraie interface de programmation pour celui qui aime aussi créer ses propres sons sans avoir le manuel sur les genoux en permanence. Fort de ce constat, le JD-800 est jeté à la face du monde en 1991. Commercialement parlant, il s’agira pourtant d’un flop pour Roland, seulement 24000 unités s’écouleront, c’est peu au regard des efforts techniques fournis par le staff Roland à l’époque.

Mais pourquoi tant de haine ? Je vois 2 raisons à cela :

1/ bien que l’interface fut véritablement salutaire, adopter un synthé comme ça revenait à dire que tout le monde avait tout faux dès le départ … ca semble anodin mais imaginez un seul instant le mec qui a troqué son Prophet 5 contre un Korg M1, tout ça pour qu’on lui dise quelques années après qu’un synthé, ça doit avoir une vraie interface de programmation et que ça n’empêche pas d’avoir des mémoires et tout le toutim …

2/ les presets d’usine du style « Piano » et autres « guitare » dans une machine de ce genre, disons le tout de suite, ça le fait pas !! A quoi ça sert d’avoir mis des potentiomètres et des boutons partout si c’est pour avoir au final des presets de mandoline ? Pire encore, parmi les cartes d’extension qui sont sorties pour ce clavier, il y a eu des cartes spéciales « accordéons » ou « Piano » par exemple … Il y a eu là une grosse erreur de stratégie de la part de Roland car ce bestiau est pourtant très intéressant.

Son architecture interne est plutôt complète. Avec 3 enveloppes, 2 LFO et 1 filtre par « Tone », il y a de quoi s’amuser. Je m’arrête 30 secondes sur ce qu’est un Tone chez Roland : il s’agit donc d’un son pour lequel on va avoir accès à tous les paramètres en face avant. Plusieurs Tones sont empilables, ce qui donne un « Layer ». Le JD permet d’empiler jusqu’à 4 Tones mais attention à la polyphonie !! en effet, la machine peut gérer 24 voies maximum, mais ça c’est valable pour 1 tone !! Si vous empilez 4 tones, vous vous retrouvez avec 6 voies de polyphonie … rassurez vous, dans la plupart des cas, empilez 2 Tones vous permettra d’arriver à des sons très satisfaisants, surtout au niveau des nappes …

Jean Michel Jarre a utilisé le JD-800 sur l’album Chronologie. D’après les confidences de ses collaborateurs à l’époque dans divers interviews, la nappe d’intro de Chronologie 1, le lead de la partie 4 et la basse de la partie 8 proviendraient du JD. Ce clavier a également été sollicité à de nombreuses reprises pendant la tournée Europe en concert, car il produisait pas mal de séquences pour le morceau Digisequencer.

Pour conclure, signalons que le JD-800 fut décliné en une version rack améliorée, le JD-990, qui comme son prédécesseur n’a pas rencontré le succès escompté mais demeure très recherché aujourd’hui … la gloire à titre posthume, vaste sujet …

Article rédigé par Mr Pitch.

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