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Revue de presse – Chronologie, album studio (1993)

Extrait de l’interview de 1993 donné par Jean-Michel Jarre à Alain Mangenot de Keyboards magazine à l’occasion de son album studio Chronologie.


Jean-Michel Jarre: “Pour cet album, je me suis énormément servi des synthèses analogiques que j’avais un peu abandonné ces dernières années. Finalement, je n’ai jamais rien trouvé de mieux que le Minimoog pour faire certaines séquences, que l’ARP 2600 pour certains sons, que l’AKS ou le VCS-3 pour certains effets que l’on ne peut pas faire avec autre chose. De la même manière que les Stradivarius sont les meilleurs violons du monde, et bien qu’ils aient été construits il y a plusieurs siècles, il se pourrait bien que les meilleurs synthèses soient les premiers. Même ceux qui sont venus après, les japonais en particulier, n’ont jamais eu le grain sonore unique des synthèses américains ou anglais.

Keyboards Magazine : Chronologie est donc un retour à la synthèse totale, qui avait été un peu oubliée dans les derniers albums, on y retrouve des sons « racines » ?

JMJ: C’est vrai, c’est une bonne expression. Pour moi, Chronologie est vraiment un disque de synthèse sous toutes les formes, parce que finalement, on n’échappe pas à ce que l’on a fait, et on met souvent du temps à accepter le fait qu’on a un style. D’ailleurs, je n’enlèverait pas une seconde de cet album car il correspond à ce que j’avais envie de faire depuis longtemps, et je ne peux pas dire ça de tous les derniers disques que j’ai réalisé. J’ai choisi certains synthèses par rapport à d’autres que je n’ai volontairement pas voulu utiliser, parce que je les considère comme des pièges. En effet, certains instruments ont des sons extraordinaires quand on les écoute, grâce à leurs effets intégrés, des reverbs, des délais incorporés, mais lorsqu’on les intègre à une orchestration, on s’aperçoit très vite que ça ne marche pas. Si on commence à supprimer les effets, on trouve un son sans intérêt qui existait seulement grâce à tout ce qui était autour, il faut mieux partir d’une sonorité analogique monophonique et construire les effets qui correspondent exactement à chaque morceau.

KM : En échantillonnant éventuellement ?

JMJ : Oui, mais en les échantillonnant brut de décoffrage sans effets.

KM : Dans Chronologie, il y a une prédominance de coeurs et de vilons, et surtout d’orgue liturgique, réunis autour d’un orgue puissant, ce qui donne un aspect de messe pour les temps futurs ?

JMJ : Je ne vais pas apprendre à Alain Mangenot la puissance de l’orgue ou son intérêt, car même chronologiquement, la place de l’orgue dans l’histoire des claviers est essentielle. C’est un instrument qui est d’une certaine manière l’ancêtre du Synthé, et je ne l’avais jamais beaucoup utilisé jusqu’à maintenant. Depuis longtemps, j’avais envie de travailler avec des sonorités d’orgue, mais en les considérant comme des sons de synthèse, comme un ingrédient à part entière par rapport au reste de la palette sonore du disque. C’est une sonorité qui est étonnamment fin de siècle et même temps étonnamment moderne. On s’aperçoit aujourd’hui que les sons du futur seront liés à un certaine spiritualité, ce qui va avec une certaine puissance.
Pour en revenir là, j’ai utilisé différents échantillons, des sons de JD-800 et de K-2000 mélangés. D’ailleurs, sur scène pour Chronologie Part 2, on pourra entendre un son inédit, “Alien Organ”, que j’ai programmé il y a deux ans.”

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