Yamaha DX7

Yamaha DX7 (1983)

Yamaha DX7 (1983)Yamaha, historique fabriquant japonais de pianos et d’orgues (entre autres…), s’est lancé dans les années 70 dans la commercialisation de synthétiseurs de qualité (série CS).

John Chowning avait inventé dans les années 1960 le principe de la synthèse FM. Elle resta longtemps dans les cartons de l’université de Stanford (où Chowning officiait), du fait de la difficulté de mettre en oeuvre les circuits numériques capables de générer ce genre de synthèse, jusqu’à ce que messieurs Ichimura, Hirokato et Endos réussissent, fin des années 70, à convaincre Yamaha de se lancer. Il en sortit d’abord deux pianos électriques, les GS1 et GS2. En 1983, Yamaha lance les deux premiers synthétiseurs utilisant la synthèse FM, le DX7 et le DX9.

Par rapport aux autres instruments qui sortent la même année, le DX7 dénotte d’abord par son look : pas de ronce de noyer, pas de boutons rotatifs, pas de câbles partout. La surface du DX7 est plate et garnie de deux rangées de petits boutons sensitifs plats et verts. A chacun de ces boutons correspondent plusieurs paramètres ; il faut parfois recourir à une combinaison de touches pour accéder à un paramètre. Le nom du paramètre sélectionné est affiché sur le petit écran LCD deux lignes. Il suffit alors de presser les touche + et – ou de faire glisser le curseur “Data entry” pour changer la valeur du parémètre. Et ainsi de suite pour les 192 paramètres existants pour la création d’un son. C’est l’un des reproches que feront beaucoup de musiciens : la lourdeur de la programation du DX7, le manque d’intuition. Un obscur fabriquant allemand (Jellinghaus) commercialisera un panneau à relier via MIDI au DX7 et qui permettait de programmer le DX7 via toute une série de boutons rotatifs façon “synthé analogique” ; l’accessoire, hors de prix, se vendra à environ de 200 exemplaire. Les boutons verts permettaient aussi d’accéder aux 32 sons d’usine (preset) et 32 emplacements mémoire.

Autre différence notoire par rapport aux concurrents : les sons. Clairs, précis, complètement différents de ce que les analogiques étaient capables de faire. Les sons les plus notoires étaient ceux de piano électrique, de basses (notamment une basse électrique “slappée” façon Marcus Miller), de cloches, de percussions métalliques. Beaucoup d’utilisateurs se limiteront d’ailleurs à ces sons, notamment en raison de la complexité de la FM et de sa façon de la programmer sur le DX7. C’est ainsi que, par exemple, le preset “DX Rhodes” (une imitation correcte des piano électriques Rhodes des années 60 / 70) sera utilié sur des dizaines (peut être même des centaines) de chansons de l’époque.

Enfin, dernier argument, le prix. Face à un Memorymoog qui se vendait 40 000 francs (environ 6000 Euros), un PPG Wave 2 ou un Prophet T8 qui montaient à 70 000 Francs (environ 14 000 euros) et des échantillonneurs (comme l’Emulator II) qui dépassaient les 100 000 Francs (15 000 Euros), le Yamaha DX7 était vendu… 14 000 Francs (environ 2100 Euros).

Tout cela explique que,dès sa sortie, le DX7 rencontre un succès phénoménal : durant trois ans, il va être en tête des ventes, et va s’écouler à plus de 180 000 exemplaires de 1983 à 1987. Durant ces quatre années, beaucoup de concurrents vont souffrir. Certains (PPG, Moog, Oberheim) vont disparaître, tandis que d’autres (Sequential Circuits, Korg) vont se faire racheter par Yamaha. Seul Roland tirera sont épingle du jeu et mettra fin à l’hégémonie du DX7 avec le D50. le retour de bâton sera terrible par Yamaha qui, concentré sur la synthèse FM, va complètement passer à côté du marché naissant de l’échantillonnage grand public : Ensoniq, Roland et surtout Akaï, deviendront les maîtres de genre d’instruments. Quand Yamaha se réveilera, il sera trop tard, et son TX16W fera un bide monstrueux.

Le DX7 est un instrument monotimbral (il ne pouvait jouer qu’un seul son à la fois) et a une polyphonie de 16 notes. Il possède 32 algorithmes de synthèse basé sur 6 oscillateurs sinusoïdaux, à la fois porteurs et modulateurs. Il est possible de moduler un oscillateur avec son propre signal. Enfin, des enveloppes complexes permettaient de jouer sur le taux de modulation de fréence (la base de la FM) pour obtenir des sonorites très complexes.

Le DX7 fut l’un des tous premiers synthétiseurs équipé de la fameuse interface MIDI. Lors de sa présentation, il était couplé, pour la démonstration des possibilités du MIDI, avec un Prophet 600 de Sequential Circuits (dont le fondateur, Dave Smith, est l’inventeur du MIDI).

Yamaha va décliner le DX7 jusqu’à l’écoeurement : vers le haut de gamme (avec le DX5 et le monstrueux DX1, notamment utilisé par Tears For Fears) et vers le bas de gamme (DX21, DX27, DX11 et jusqu’au DX100 avec son mini clavier). En 1987, Yamaha va lancer une nouvelle série de DX7 avec, notamment, des boutons plus pratiques à utiliser que les boutons sensitifs à membrane du début : le DX7S (un DX7 légèrement corrigé) , le DX7IID (deux sons en même temps sur le clavier) et le DX7IIFD (équipé d’une lecteur de disquette, – d’ou le FD pour Floppy Disk – qui permettait de stocker 1000 sons). La société française E! lança la carte MAX qui permettait d’ajouter des mémoires aux DX7, ainsi qu’un arpégiateur. Enfin, Yamaha, pour son centenaire, en 1987, lança un DX7 Centenal, limité à 300 exemplaires, et qui bénéficiait d’une coque en métal précieux…

Le DX7 a suscité – et suscite encore – autant d’amour que de haine. Il a autant de fans que de détracteurs. Ce qu’on lui reproche le plus souvent, c’est surtout la complexité de sa programmation, le manque d’intuitivité de celle ci, et des sonorités souvent très froides. En revanche, ses fans ne tarissent pas l’éloges quant aux possiblités quasi-infinies de l’engin ; quelqu’un s’amusa un jour à les compter : il parfint au chiffre ahurissant de 10 puissance 30 combinaisons sonores possibles… Autant dire qu’on est loin de les avoir toutes explorées. Beaucoups de développeurs de sons se lanèrent dans la commercialisation de banques de sons pour DX7. Le Français Philippe Gouttier créa même un éditeur de son logiciel sur Atari 520/1040 ST, la star des ordinateurs musicaux de l’époque. Quelqu’un comme Brian Eno est un fan inconfitionnel de cet instrument et a développé, depuis 20 ans, sa propre sonothèque.

Jean-Michel Jarre,lui, n’a jamais été fan de l’instrument – à l’instar de Vangelis. Il lui reproche le côté froid et trop numérique de ses sons, et le manque d’interactivité de son interface. Il l’utilisa, malgré tout, sur “Zoolook”. Et il utilisa aussi le micro-frère du DX7, le DX100, sur “Quatrième Rendez Vous”.

Article rédigé par Knarf the Dwarf.

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