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Interview de Stéphane Gervais, le nouveau claviériste de Jean-Michel Jarre

Stéphane Gervais, producteur de musique électronique, est le nouveau venu dans le cercle très fermé des musiciens ayant joué des claviers sur scène avec Jean-Michel Jarre.

Après avoir fait partie de l’équipe de production des deux opus d’Electronica 1 & 2, le voici donc embarqué pour un long Electronica Tour débuté en Juin dernier à Barcelone.

Après deux rencontres avant des concerts, le discret Stéphane Gervais a gentiment accepté de répondre à nos nombreuses questions sur son parcours et sur sa collaboration avec JMJ.

::Ton parcours de musicien::

“Je suis un autodidacte et je baigne dans la musique électronique depuis mon enfance. Mes premiers pas ont été faits sur des ordinateurs.”

Comment te présentes-tu professionnellement et quelle est ta spécialité en tant que musicien ?

Toujours difficile de trouver un titre quand on a plusieurs spécialisations, je résumerais en disant que je suis synthésiste et spécialiste en technologies (programmation, électronique analogique et numérique).


Tu as écrit avoir contracté le virus de la musique électronique pendant ton adolescence. Est-ce que tu pourrais nous citer quelques groupes ou titres de l’époque qui t’ont particulièrement marqué ou qui ont décidé de ta vocation de musicien ?

Jean Michel Jarre évidemment, mais aussi les autres classiques de l’électronique de cette époque (Kraftwerk, Vangelis, TD, Enya). J’ai commencé à composer de la musique électronique dans les années 90. A partir de ce moment, ce qui m’a le plus influencé ce sont les artistes des différents styles de trance et ambient. A l’époque on parle des Martin Freeland (MWNN), Astral Projection, The Orb, Brian Transeau (BT), Pete Namlook, Banco de Gaia, CJ Bolland, Prodigy, je pourrais continuer, il y en a tellement, ça ne vient pas d’un seul artiste…


Peux-tu nous décrire ton apprentissage musical sur ordinateurs puis sur synthétiseurs ?

J’ai fait mes études en électronique et en informatique. Je suis un autodidacte et je baigne là dedans depuis mon enfance. Mes premiers pas ont été faits sur des ordinateurs comme le Commodore 64 (doté de 3 synthés analogiques monophoniques), et ensuite sur Amiga (doté échantillonneur 8 bit 4 voix) avec lesquels j’ai d’abord appris à « programmer » ma musique. Par la suite j’ai rejoint une voie plus traditionnelle en commençant a acquérir et utiliser du matériel spécialisé (samplers, romplers, synthés analogiques, etc.).


Pourquoi le choix de ce surnom PsychNerD et quand l’as tu adopté ?

Mes productions musicales étaient dans le style Goa Trance et Psytrance (Psychedelic Trance), et j’étais considéré comme le « nerd » avec mes ordinateurs, c’est simplement la combinaison des deux.


Tu as ton propre studio appelé Mutex. Peux-tu nous résumer les grandes étapes de sa création et nous en faire un état des lieux ?

Je suis passé par différentes phases de studio au fil du temps allant de configurations complètement hardware, software et des studios mixtes comme celui-ci. Le studio est construit autour d’un ordinateur de production et s’étend par des interfaces audio et MIDI vers tous les synthés et le matériel autour. Il me permet d’être autonome et de travailler à toutes les étapes de la production, allant des sources sonores au mixage et mastering final.


Tu as acquis récemment un Eminent. Est-ce que tu cherches d’autres machines hardware? Lesquelles ?

Toujours… d’ailleurs, depuis, j’ai mis la main sur un Emulator II que je suis en train de moderniser et un Micromonsta. Je cherche généralement à couvrir différents types de synthèses ou d’architectures (soustractif, additifs, FM, samplers, romplers, vecteur, wavesequenceurs, etc..). Sinon je vais acquérir pour un son ou un besoin spécifique (comme le 310U) qui me permettent d’avoir précisément le son recherché pour un projet. Ceux qui sont plus fans de matériel comme moi peuvent suivre l’évolution du studio sur mon site (http://psychnerd.ca/studio).


La toile est parsemée des “modules” que tu as composés ? Qu’est-ce que c’est exactement ?

Les modules sont des pièces musicales contenues dans un fichier qui regroupe une banque de sons (samples) et des séquences. Ces derniers étaient composés dans les années 90 sur des logiciels (trackers) de la plateforme Amiga et par la suite sur PC. C’est un format très flexible mais très orienté programmation, il permettait de composer avec les limitations des ordinateurs de l’époque. C’est un peu comme un Fairlight sur les stéroïdes. Aujourd’hui le logiciel Renoise est la version la plus évoluée de ce type de DAW.


Marco Grenier (un autre nouveau proche collaborateur de JMJ) et toi êtes des amis de longue date et vous avez fait plusieurs titres ensemble. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

C’est assez original, nous étions voisins de bureau dans une entreprise qui fabriquait des appareils médicaux… On a découvert que nous avions chacun une deuxième vie pour la musique, lui en tant que DJ et moi en tant que musicien électronique. On a travaillé différents projets à partir de là.


Quels sont tes morceaux que tu conseillerais à quelqu’un qui voudrait découvrir ta musique ?

Voyager 1 ? Bien qu’il date (2008), il reste assez intemporel et représente ce que j’aime : une recette simple mais qui est efficace… L’ambiance et la mélodie sont bonnes, il y a une variété de sons originaux que j’ai désigné au synthé modulaire (G2X), analogiques, numériques et même de la guitare. Vous y reconnaitrez peux être même certains sons aussi utilisés dans les projets Jarre.


Tu n’as pas d’album à ton palmarès ? Pourquoi pas ?

Je n’ai jamais vraiment eu (pris) le temps pour composer assez de morceaux autour d’un même concept qui pourrait constituer un album. J’ai eu le temps de faire quelques sorties single seulement. Peux être l’an prochain ? Si j’ai un peu de temps entre les tournées c’est définitivement quelque chose que j’aimerais compléter.


En lisant un petit peu sur toi, il semble que tu sois plus un laborantin de studio qu’un musicien de scène ? Peux-tu nous citer quelques expériences où tu as accompagné des artistes sur scène ?

Je suis effectivement plus un travailleur de studio et travaille rarement pour des groupes. Sur scène j’ai surtout fait des événements en tant que DJ.


Quel est ton disque de chevet en ce moment ?

Interloper de Carbon Based Lifeforms.


::La production de l’album Electronica::

“Nous sommes tous là pour dégager Jean-Michel des détails de production afin qu’il puisse avancer plus rapidement.”

Dans quelles circonstances Joachim Garraud t’a t-il proposé de travailler pour JMJ sur Electronica ?

Marco travaillait déjà pour Joachim qui travaillait déjà avec Jean Michel, ils ont eu besoin de quelqu’un plus spécialisé en synthés et qui connaissait bien la musique de Jean Michel. C’est à ce moment que j’ai commencé à être impliqué.


Joachim, Claude Samard, Marco et toi êtes crédités en tant que “production team”. Comment vous êtes-vous partagé le travail pour Electronica ?

Jean Michel sait comment distribuer le travail selon les spécialités de chacun. Sans aller dans les détails, nous sommes tous là pour le dégager des détails de production afin qu’il puisse avancer plus rapidement.


Pourrais-tu nous décrire le processus type de la création d’un titre d’Electronica de la maquette jusqu’à sa version finale ?

Les « track stories » expliquent assez bien le processus pour chaque morceau. C’est assez unique de faire ce type de vidéos pour chaque pièce d’un album de collaboration, il faut en profiter !


::Sur la scène du Electronica World Tour::

“J’ai choisi les instruments qui ont été utilisés sur “Electronica” ou avec lesquels je peux reproduire la plupart des sons. J’ai aussi fait des choix d’instruments que je connais bien.”

Comment et où avez-vous préparé le Electronica World Tour ?

Préparations individuelles dans un premier temps, ensuite le volet musical en groupe et finalement l’installation complète en salle où nous avons fait les répétitions et la finalisation du spectacle avec tous les éléments.


Quel était ton rôle pour la préparation de la tournée ?

J’ai travaillé à la préparation ou refonte des pièces, sons pour les synthés (physiques ou logiciels), la configuration des contrôleurs, la surface Emulator et les ordinateurs (audio) afin que tout soit prêt pour leur utilisation lors du spectacle.


Certaines idées d’adaptation sont-elles venues des musiciens, je pense notamment au mashup Glory/Equinoxe 4 ?

Ce sont les idées de Jean Michel. Il a une vision précise du spectacle et de comment chaque élément doit y contribuer : les morceaux, la musique, la scénographie, les visuels, l’éclairage, lasers, mixage, etc. Il investit des efforts incroyables pour s’assurer de la qualité et que chaque aspect respecte sa vision.


Claude Samard et une grande partie de l’équipe de JMJ sont à ses côtés depuis des d’années. Comment s’est passé ton intégration ?

Très bien ! Toute l’équipe est extraordinaire et j’ai énormément de respect pour chacun. J’adore considérer chaque membre de cette famille de tournée comme un mentor en son domaine.


Comment vous êtes-vous réparti les tâches avec JMJ et Claude Samard sur scène ?

Nous avons simplement passé chaque morceau en revue et décidé avec Jean Michel qui ferait quoi.


Peux-tu nous présenter ton set d’instruments sur scène ?

Ce n’est plus tellement un secret, les photos sur Internet montrent déjà la configuration utilisée pour les festivals. J’ai utilisé le Nord Lead 3, Nord Wave, Roland TB-3, Drums TD-30, Minibrute, System 1, Komplete Kontrol pour les plugins et samples, Sub37, Virus Polar TI2, ARP 2500 et un Monomachine. Cette configuration évolue au cours de la tournée. J’ai ajouté a mon kit un nouveau Virus TI qui est une des principaux claviers maintenant et un Elektron Analog Keys avec lequel j’adore travailler.


Y’a t-il parmi ces instruments un que tu préfères plus spécialement et pourquoi ? Sur quels morceaux l’utilises-tu ?

J’ai choisi les instruments qui ont été utilisés sur Electronica ou avec lesquels je peux reproduire la plupart des sons. J’ai aussi fait des choix d’instruments que je connais bien et que je possède personnellement. De cette façon ça me permet de préparer les sons dans mon studio et de charger ensuite le tout sur les instruments pour le live. En fait ceux que je préfère feront leur apparition pour la suite de la tournée.


Est-ce que jouer sur scène avec JMJ est source de contraintes particulières par rapport à tes autres expériences ?

Oui et non, l’équipement supplémentaire me force à gérer plus de détails mais le fait d’avoir un équipe d’élite derrière aide énormément. S’il y a un problème, quelqu’un est déjà en train d’aider à le régler pendant que je suis en train de jouer sur autre synthé.


La disposition des musiciens en triangle n’est-elle pas compliquée notamment pour communiquer avec Claude Samard ?

Absolument pas, nous sommes alignés derrière Jean Michel et on se voit bien à travers l’équipement quand on en a besoin.


La scénographie avec ces écrans LED mobiles est-elle contraignante pour les musiciens ? Voyez-vous le public au travers ?

Oui nous voyons au travers. De notre coté nous ne sommes pas aveuglés par la luminosité des écrans, c’est un peu comme regarder à travers un grillage.


Quel bilan fais-tu de la première partie de cette tournée en cours ? Et quel concert t’as le plus marqué et pourquoi ?

Pour moi chaque spectacle a été unique et m’a marqué par un aspect particulier, que ce soit le public, l’endroit, le déroulement du spectacle, etc.


::Travailler avec Jean-Michel Jarre::

“Chaque tâche est un honneur et une opportunité unique. Je ne peux pas occuper ce poste sans donner constamment mon maximum.”

Quand as-tu découvert la musique de JMJ et avec quel titre ou album ? Quel est ton album préféré ?

En fait j’ai découvert la musique de Jean Michel Jarre par un « cover » de Chants magnétiques 4 qui jouait sur un ordinateur. J’ai accroché sur la mélodie que j’écoutais en boucle. J’ai entendu l’original beaucoup plus tard. Un seul album préféré ? Trop difficile de choisir…


Est-ce que tu as déjà assisté à un concert de JMJ ? Lequel ?

Malheureusement jamais. Jean Michel n’a pas donné de spectacles en Amérique auxquels j’aurais pu facilement assister. J’espérais pouvoir un jour, lors d’un voyage avoir la possibilité d’organiser tout ça. Je ne me plains évidemment pas de la tournure des choses mais ironiquement, je dois encore aujourd’hui aller sur Internet pour voir le spectacle de votre point de vue !


Sur ta page facebook tu cites comme influence Jean-Michel Jarre, Kraftwerk, et Vangelis. Qu’est-ce que ça fait de travailler avec une de ses influences?

C’est évidemment assez incroyable… chaque tâche est un honneur et une opportunité unique. Le fait de travailler aujourd’hui avec lui me pousse à m’améliorer sur plein de d’aspects. Je ne peux pas occuper ce poste sans donner constamment mon maximum.


Comment décrirais-tu ta relation professionnelle et personnelle avec JMJ ? Comment définirais-tu son caractère au travail et en dehors ?

Extrêmement professionnel, minutieux, rigoureux, cultivé, d’une grande sagesse, patient, reconnaissant, et très « zen » !


A part tes rôles de production pour Electronica et de musicien pour la tournée, JMJ t’implique t-il dans d’autres tâches ?

Oui, je continue d’assister à la production des nouveaux projets depuis, les derniers ont été l’habillage sonore de France Info et Oxygene 3.


Connais-tu déjà ce que pourrait être ta collaboration avec JMJ dans un futur proche ?

Comme Jean Michel semble satisfait, le travail ne s’arrête pas vraiment même pendant la tournée. J’assiste actuellement sur des projets qui seront probablement entendus plus tard cette année ou l’an prochain.


::Sites officiels::
Facebook : http://facebook.com/psychnerd.music/
Twitter : http://twitter.com/PsychNerD
Site Web : http://psychnerd.ca

Nous remercions chaleureusement Stéphane Gervais pour sa disponibilité et sa gentillesse. Merci à Aero Production pour sa coopération.

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