Chat avec L’Internaute sur la tournée 2010 (12/01/2010)

Le pionnier de la musique électronique entame une tournée française avec en point d’orgue un show à Paris Bercy, le 25 mars prochain. Jean-Michel Jarre a répondu à vos questions le mardi 12 janvier à partir de 16h. Florilège.L’Internaute : Pourquoi avoir choisi de jouer dans une salle comme Paris-Bercy ? Parce que c’était pratique de jouer ici, ou bien autre chose ?

La salle omnisports de Bercy était l’exemple, aux tous débuts de Bercy, quand j’ai commencé, moi, de tout ce que je ne voulais pas comme salle et qui m’a donné plutôt envie d’aller à l’extérieur plutôt que dans des salles qui s’appelaient justement « omnisports ». Cela voulait dire qu’on y pratiquait pas seulement tous les sports, mais aussi on accueillait des congrès de partis politiques, des conventions diverses et quand on faisait de la musique au milieu d’un tel programme, finalement, il y avait des ondes un peu contradictoires qui semblaient pas forcément propices aux concerts et aux musiques. Et puis, ces salles ont évolués. Parce que ces salles ont existés un peu partout en Europe, Bercy étant la plus grande en Europe, et ces salles ont évoluées, et sur le plan de l’acoustique, et sur le plan des installations et une salle comme Bercy, comme les nouveaux Zénith de Strasbourg ou de Nantes ou de Toulouse sont maintenant des salles qui sont faites et ont été transformées pour accueillir des spectacles. Et donc les problèmes sont complètement différents, l’acoustique est bien meilleure, les installations techniques sont bien meilleures, et c’est ce qui m’a décidé, d’ailleurs, à m’orienter vers ces salles-là plutôt que d’autres.

– Alors, on a une question de Yannick, qui demande s’il pourrait y avoir d’autres instruments en 2010 sur scène que pour la tournée 2009 ?

Alors oui, j’y travaille. Il y a pas mal de choses différentes. Il y a des instruments que j’essaie d’avoir pour le début de la tournée qui sont en cours de construction et d’élaboration, donc je ne sais pas si dans les toutes premières dates j’aurai ces nouveaux instruments, mais je pense pour les dates françaises, je les auraient. Et ce qu’aime bien dans l’idée de cette tournée, c’est qu’en fait les choses vont évoluer. C’est-à-dire que, par exemple, j’ai visité beaucoup les salles françaises – on parle de Bercy à l’instant – pour arriver à faire autant que possible que les concerts soient un petit peu différents les uns des autres. Et notamment aussi en matière de morceaux joués, d’instruments utilisés.

– Alors justement, on a une question posée à propos de la harpe laser. La question qu’on vous pose c’est : “Est-il exact qu’en 81 en Chine, la première harpe laser n’était encore qu’un effet visuel et qu’elle ne produisait pas de son ?”

Ah, pas du tout. Dès le départ, c’est une confusion qu’il y a eu. Dès le départ, c’est vraiment un instrument. Mais la différence, c’est que l’instrument en Chine, c’était la première que j’ai eue, jusqu’à présent, la harpe telle qu’on la connaît aujourd‘hui, les rayons vont jusqu’au plafond ou jusqu’aux nuages quand c’est dehors. Donc il n’y a pas de limites. Alors que la première harpe en Chine, c’était dans un grand triangle, c’était assez beau d’ailleurs, c’était comme une vraie harpe et les rayons étaient arrêtés par la structure de l’instrument. Donc, ce qui pouvait faire croire que cet instrument était différent et uniquement visuel, mais en fait c’était déjà un véritable instrument de musique, dès le départ.

– Amandine vous demande si c’est une tournée d’adieu ?

Non, non, ce qui est terrible, c’est qu’au moment où il a pas mal de gens qui font des tournées d’adieu, qui sont à la mode, moi c’est une tournée de débutant, c’est la première vraie tournée que je fais autour du monde, c’est la première tournée de ma vie, qui va m’emmener sur les cinq continents, donc, non, c’est presque le contraire.

– Thomas nous pose la question : Le nom 2010 pour cette tournée, c’est l’année, mais c’est aussi un hommage à un écrivain ?

Oui. En fait, le titre de cette tournée, c’est 2010, évidemment parce que ça se passe en 2010, mais c’est lié au titre d’un roman d’Arthur C. Clarke, qui est un des plus grands écrivains de langue anglaise, et notamment en matière de science-fiction qui a écrit 2001, Odyssée de l’espace, dont Stanley Kubrick avait tiré un film. Et moi, j’ai été un grand fan et de 2001 et de 2010, et quand 2010 sort, je suis en Angleterre, j’achète le livre, que je dévore et que je trouve formidable, et à la fin, je vois dans les remerciements mon nom. Donc je suis quasiment tombé de ma chaise en découvrant qu’Arthur Clarke avait écrit ce livre en écoutant ma musique. Donc, du coup, on est entré en contact, on est devenus assez amis, il a disparu il y a deux-trois ans, et c’est un hommage évidemment que je lui fais, et en même temps qui est lié à cette vision de la planète que tous ces auteurs ont eu au vingtième siècle, où l’an deux-mille était devant nous. C’est-à-dire qu’on avait l’impression, au vingtième siècle, que plus rien ne serait pareil après l’an 2000, il y avait des tas d’espoirs que les gens charriaient. On avait une vision du futur pleine d’espoir, en même temps, pleine de fantasmes. Et aujourd’hui, 2001 est derrière nous, c’est un petit peu comme si la vision du futur était derrière nous, et qu’on avait l’impression qu’on est un peu en mal de rêve pour l’avenir. Et je trouve que c’est… A cause de cette approche anxiogène qu’on a, de tout ce qui est dit u niveau de l’environnement et de l’écologie, je pense qu’il est temps qu’on restaure une image un peu plus sexy et optimiste et plus poétique et avec un rapport plus émotionnel – je dirai –avec la planète. Et de ce point de vue-là, la science-fiction nous offre cette possibilité, et c’est pour ça que le thème de 2010, qui sera assez différent de ce qui j’ai fait récemment tourne autour à la fois de l’environnement et d’une certaine vision de la science-fiction. (…) District 9 est un film qui restaure de manière totalement moderne la science-fiction que j’aime et qui fait partie de ma vie et donc j’avais envie d’exprimer ça à travers cette tournée. C’est pour ça que ces concerts sont assez différents de ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. (Sur ce thème : Jarre et l’espace)

– Pensez-vous que vous allez jouer au Royaume-Uni dans un avenir proche ? J’ai une autre question similaire pour les États-Unis.

Alors, en fait, il se trouve que moi j’ai joué, j’ai une relation particulière avec l’Angleterre, c’est toujours un pays qui m’a fait l’amitié de m’accueillir toujours plutôt bien, aussi bien les médias que le public. Donc, j’ai toute une histoire personnelle avec l’Angleterre. J’ai presque plus joué et fait de choses en Angleterre qu’en France. Et en réalité, j’ai fait des concerts même l’année dernière à Wembley, à Londres, à Manchester, à Birmingham. Et il est question, justement à travers cette tournée 2010 que je repasse par l’Angleterre pour un projet un peu particulier dont je ne peux pas parler encore maintenant mais qui a pas mal de chance de se dérouler à la rentrée 2010.

– Alors, il y avait Eric qui vous demander si vous préfériez donner des concerts en salle ou en plein air ?

Ce sont deux choses complètement différentes et je pense qui sont même complémentaires. Et l’idée de cette tournée en salle, c’est justement d’apporter la magie des concerts en salle dans des concerts en extérieur. Ce sont des espaces plus contrôlés, qui ne dépendent pas de la météo, de la pluie, du vent, et qui permettent en même temps d’avoir un partage avec une proximité différente avec le public à la fois du son, de la musique qui est jouée sur scène avec des instruments qui sont un peu fragiles et qui sont un peu difficiles à emmener à l’extérieur et puis aussi, en même temps, un espace qui permet de plonger le public dans une immersion encore plus totale au niveau de la scénographie.

– Est-ce que c’était le but, en jouant à Marigny, par exemple ?

Oui, alors Marigny, c’était un projet un peu… aussi différent d’ailleurs que 2010, c’est que l’idée de rejouer une des premières musiques que j’ai faites qu’est Oxygène d’une manière très intimiste dans des petits théâtres. Et en fait, au départ, c’était lié à la ressortie d’Oxygène, et en fait, au départ à Marigny, j’ai fait une sorte de showcase, et on m’a demandé plusieurs dates, du coup j’ai fait plusieurs dates. Ca a bien marché. L’agent à Londres a dit « Ce serait peut-être bien d’essayer d’organiser des concerts dans de petits théâtres un peu à travers l’Europe. Et du coup, je me suis retrouvé à faire une série de concerts dans des théâtres, du type Marigny, ou comme le Royal Albert Hall en Angleterre, qui est une plus grande salle, mais des opéras, des théâtres, c’était le cas à Berlin, le théâtre Arcimboldo à Milan, dans des endroits prestigieux, petits, mais qui permettaient aussi de délivrer une musique d’une manière complètement différente et je crois que ça a créé un premier lien avec les salles que j’ai eu envie de réitérer de manière plus ambitieuse, cette fois-ci.

– Michel vous demande : Vous avez voyagé dans le monde entier, avez-vous un public favori pour lequel vous aimez particulièrement jouer ?

Ben, évidemment, le public français, c’est un petit peu la famille, avec tout ce que comporte – les relations avec la famille sont toujours un peu différentes.

– Ça vous le ressentez dans vos concerts ?

Ah oui ! Le public français, moi j’y suis très attaché, mais c’est en même temps un des publics les plus difficiles. C’est exactement la relation qu’on a avec sa famille. C’est toujours plus difficile d’être avec sa famille qu’avec des amis extérieurs. Mais en même temps, on y est attaché, et on l’aime. Et puis, en dehors de ça, paradoxalement, tous les pays du Nord, du Nord de l’Europe, sont des pays qui sont beaucoup plus chaleureux qu’on pourrait le croire et je pense, bizarrement, plus chaleureux que les pays du sud, d’une certaine manière. Je pense que c’est lié au fait que les gens des pays froids sortent moins donc ils sont chez eux, et quand ils se réunissent dans une salle, il y a une atmosphère, une chaleur qui est très particulière. Et je pense que les concerts les plus chaleureux, c’est définitivement en Angleterre, en Scandinavie… J’ai fait un concert à Helsinki, un jour, qui était incroyable, ou à Oslo, en Norvège, alors qu’on pourrait se dire que l’Espagne ou l’Italie sont des publics beaucoup plus chaleureux. Et bien pas nécessairement. Enfin, ils le sont aussi, mais disons que c’est ce public-là qui m’a étonné le plus, parce que je ne m’y attendais pas.

– Vous avez aussi un rapport très particulier avec l’Asie, avec la Chine notamment, est-ce que le public est encore différent là-bas ?

Ah oui, totalement. Le public chinois, c’est très particulier, parce que c’est sans doute le plus dissipé au monde. C’est-à-dire que la première fois où je suis – là ça c’est occidentalisé, le public chinois, maintenant tous les publics dans le monde tendent à avoir des réactions un peu similaires, même s’il y a quand même, comme on le disait tout à l’heure, des spécificités. La première fois où j’y suis allé, les gens vont, viennent, vont, viennent, ils rentrent dans les salles avec leurs vélos, ils repartaient, il y avait des gens qui traversaient la salle avec leurs vélos en plein milieu d’un morceau. Mais en même temps, très chaleureux. Et puis les expériences les plus bizarres que j’ai eu en Orient, c’est au stade de Hong Kong, c’était l’inauguration de ce stade, et en fait, ils avaient construits ce stade à Hong Kong, parce que c’est un endroit comme Monaco, un endroit très fermé, et il y avait un hôpital pas loin. Et donc, les gens, c’était au moment de l’inauguration, ils ne voulaient pas que les gens fassent du bruit quand ils applaudissent, et donc ils avaient donné des gants aux gens. Donc, ce qui était incroyable, c’est qu’ils avaient tous des gants blancs, et que quand ils applaudissaient, ça se voyait mais ça faisait ça (il mime un applaudissement muet), ça ne faisait aucun bruit. Donc, ils étaient très enthousiastes, mais silencieux. Donc, c’est assez bizarre, assez surréaliste.


[Source : L’internaute / La vidéo d’une heure]

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