Jean Michel Jarre et l'espace

Jean Michel Jarre et l’espace

Pour qualifier un artiste, l’expression « la tête dans les étoiles » est particulièrement adéquate. Dans le cas du musicien Jean Michel Jarre, elle l’est à plusieurs titres. Non seulement son esprit créatif semble parfois l’entrainer dans des univers parallèles (ce qui n’exclue pas quelques trous noirs), mais en plus sa musique est, pour des raisons récurrentes, en lien avec le monde de l’astronomie. Les rendez-vous multiples avec l’espace qu’a pris la carrière du musicien, que ce soit par les intitulés de ces morceaux, de ses concerts ou des illustrations de ses spectacles aux quatre coins de la planète, en sont autant de preuves. Nous allons essayer ensemble de reprendre le fil de toutes ces rencontres, ainsi que des projets avortés.

En parlant d’Oxygène, Jean Michel Jarre considère que c’est une musique plus en lien avec la biosphère que la stratosphère. N’en reste pas moins que pour un album séminal de tout le reste de sa carrière, le choix de la planète bleue va imprégner durablement son image d’explorateur du dessous des choses  et peut-être de quelques secrets de l’univers, qu’en tant que créateur, il cherche quelque part lui aussi.

Quand la NASA contacte Jean Michel pour fêter de manière grandiose les 25 ans de l’organisme américain, Jean Michel se souvient sans doute qu’il était derrière son poste de radio en guettant la diffusion des premiers pas de l’homme sur la lune.

Le souhait du lyonnais est de célébrer en chœur musique, science et technique, avec les technologies les plus avancées. Ainsi, la foi en la science et les aspects les plus avant-gardistes de la musique forment un tout harmonieux.

C’est ainsi qu’il décide l’astronaute Ron Mc Nair, qui est saxophoniste amateur, de jouer de son instrument depuis l’espace pensant le concert, ce qui sera le premier solo de saxophone en apesanteur de l’histoire. Malheureusement, avec l’explosion au décollage de la navette Challenger le 28 janvier 1986 et la mort de ses 7 occupants, cette belle histoire ne verra jamais le jour. Le morceau Dernier rendez-vous deviendra « Ron’s piece » en hommage à l’astronaute disparu.

En 2008, à l’occasion de l’année internationale de l’astronomie, Jean Michel prononce un long discours dans l’enceinte de l’UNESCO qui témoigne de sa passion pour le sujet. Le musicien déplore notamment que les jeunes générations soient désintéressées de la science du cosmos et plus généralement de la science astrophysique.

Le livre d’Arthur C. Clarke qui deviendra le long-métrage « 2001, l’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick est un de ses films cultes. Il explique que l’on trouvait dans ce type d’œuvre une vision dynamique et jubilatoire de l’avenir, qui n’existe plus aujourd’hui, tant les menaces qui pèsent sur l’espèce humaine les lui ont progressivement cachées. Les progrès de la science ont été en quelques sorte recouverts par les peurs de l’avenir : Changement climatique, permanence d’un certains nombre d’occultismes et de catastrophismes…

Les concerts de Jean Michel Jarre ont été à de nombreuses reprises l’occasion de rappeler la fascination de celui-ci pour la conquête spatiale. L’exemple le plus singulier est sans doute le concert géant de Moscou en 1997. Au cours de cette célébration des 850 ans de la capitale de la Russie, Jarre fait profiter à une foule immense (3 millions de personnes) une liaison audiovisuelle avec les deux occupants de la Station Mir. Ils expliquent que la musique de Jean Michel est un peu la leur, c’est-à-dire – en anglais dans le texte – la « space music ».

Quelques années plus tard, Jean Michel mettra en lumière le héros originel de la conquête spatiale, Yuri Gagarine, sur son album Métamorphoses de 2000. Cette chanson exalte les sentiments particuliers que procurent l’état d’apesanteur. Dans le refrain, on entend : « I can fly like a Sputnik ».

Mais ce n’est que lors du concert du 1er janvier 2001 que Jarre théorise réellement sa vision, formulée par son ami Arthur C. Clarke, de la course dans l’espace, la découverte d’intelligence hors du système solaire, etc.

Sur un écran géant, Arthur C. Clarke, philosophe face caméra à la faveur d’interludes entre deux morceaux aux titres évocateurs, comme « The Voyage », « Children of space », « Rendez-vous in Space » et « race in space »

:: Sciences ::

En dédicace de l’album Chonologie (1993), Jean Michel remercie l’astrophysicien américain Stephen Hawking pour sa « Brève histoire du temps », best-seller mondial qui s’emploie à vulgariser certaines théories de l’astrophysique contemporaine, comme la courbure de l’espace temps par exemple.

C’est la première fois que Jarre cite de manière si explicite un livre dans ses remerciements, lui qui ne se cache pas d’être un grand amateur de livres, en plus de l’art en général.

Chronologie est riche de signe des temps : le bourdonnements d’abeilles de la partie 7 (avec Patrick Rondat) est plus qu’un effet, la mise en scène d’une supra-intelligence sous la forme d’une colonie d’insecte qui interroge non seulement l’organisation humaine, mais aussi son devenir. Einstein n’a-t’il pas prophétisé : « Le jour où la dernière abeille aura disparu, l’humanité n’aura que quinze jours à vivre. » ?

En 1991, Jean Michel est incité par le gouvernement mexicain pour créer un concert spécial afin de célébrer une éclipse totale de soleil. Malheureusement, ce concert ne verra pas le jour pour des raisons financières, comme c’est souvent le cas.

En 2009, un projet de concert au pied du plus grand télescope d’Europe, dans les iles Canaries, est malencontreusement annulé (nous sommes en pleine tempête finacière). Jean Michel devait y faire partager au plus grand nombre les fantastiques avancées de l’étude des galaxies avec l’équipement le plus perfectionné du monde, à savoir le VLT (Very large telescope). Avec son ami guitariste Brian May, qui est docteur en astrophysique, ce projet lui tenait pourtant beaucoup à cœur. Ce n’est que partie remise…

Jean Michel prête un peu de son temps et un peu de ses musiques (Ethnicolor, oxygène, Equinoxe) pour promouvoir le travail de l’Observatoire de Paris, dans le cadre de la Nuit Blanche.

La communauté scientifique n’est pas indifférente à l’univers de Jean Michel Jarre, puisqu’un objet céleste est baptisé en hommage à ce dernier (ainsi qu’à son père Maurice Jarre). Jean Michel confiera d’ailleurs en 2010 sur l’onde de Radio Nostalgie que cet objet céleste, dont il a vu quelques photos, qu’il regrette que ce caillou (objet 4422) soit moins beau que celui du rockeur Frank Zappa.

Nombre de consultations de cet article : 652