Interview à Mojo Magazine (septembre 2015)

L’instigateur de la musique électronique convoque ses amis poids lourds du milieu électronique pour un projet multi -générationnel.

Jean-Michel Jarre : « L’idée n’était pas de travailler avec des collaborateurs d’une manière superficielle, comme quand vous ne rencontrez pas les gens. Il s’agissait vraiment de partager physiquement de la musique et des émotions. Je n’étais même pas certain que ces personnes que j’ai contactées seraient intéressées, j’ai été vraiment étonné et touché quand ils m’ont dit « oui ». Ils sont devenus des sortes d’amis, sur le chemin… »


jarre-2015« J’avais ce nouveau projet en tête depuis un certain temps. » dit Jean Michel Jarre, parlant depuis son studio à Paris. « Il est devenu beaucoup plus gros que prévu. »

Avec le nom provisoire d’e-project, son quatorzième album studio, et son premier album en sept ans. Il nous le confie, les racines de ce projet remontent à plus loin.

Jean-Michel Jarre : « J’ai été une des premières personnes réellement impliqué dans la musique électronique, aux temps où nous étions considérés comme des doux dingues travaillant avec des synthétiseurs, qui n’étaient même pas encore considérés alors comme de véritables instruments. De nos jours nous savons que la musique électronique est probablement le plus grand courant musical au monde, mais c’est bien plus large que la dance music. Alors j’ai pensé que ce serait sympa d’échanger des idées et des émotions, de fusionner nos ADN et de mélanger l’énergie de différentes époques et de différentes générations. » Il y a trois ans à Paris, il avait commencé à créer des morceaux en utilisant ses machines analogiques, morceaux « suffisamment structurés et organisés, mais avec assez de place pour que les autres artistes puissent s’exprimer eux-mêmes. »

Une période de voyages, entre Londres, Los Angeles et Berlin a suivie, pendant lesquelles il a rencontré des musiciens dont Pete Townshend, Laurie Anderson, Fuck Buttons, John Carpenter, Moby, M83, Armin van Buuren, Air et Vince Clarke. Les morceaux ont été achevés en utilisant des instruments logiciels en plus du matériel disponible sur place, avec des résultats allant du neo-trip-hop (Watching you avec 3D de Massive Attack) à l’électronique sombre (Conquistador avec le DJ techno Gesaffelstein). L’album accueille aussi le dernier travail enregistré d’Edgar Froese de Tangerine Dream. « Cela a été enregistré juste avant qu’il ne s’éteigne », explique Jarre. « Tangerine Dream et moi-même avons commencé plus au moins à la même époque, sans que nous ne sachions que nous étions en train de faire le même style musical. J’ai essayé, avec eux, de retourner à l’origine de ce que Tangerine Dream est profondément, avec le gros Moog modulaire, le son électronique pur, cette ambiance évanescente et science-fictionnesque qu’ils exprimaient à leurs débuts. Je dois dire que nous avons tout de suite été sur la même longueur d’onde. Evidemment, tout cet album sera dédié à la mémoire d’Edgar Froese. »

Jarre parle de cette expérience comme quelque chose de très euphorisant : « Quand vous avez fait un certain nombre d’albums, si vous sentez que vous n’avez rien à dire, alors ne le faites pas. », professe-t-il. « Et ce projet, je devais le réaliser. Depuis le premier jour j’ai ressenti exactement le même genre d’excitation que celle que j’avais avant Oxygène. Ce n’est pas une question de temps qui passe, les outils et les paramètres de la créativité sont sans doute une combinaison d’innocence et de désir, ce qui est totalement intemporel. »


Traduit de l’anglais par Jeanbatman

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