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Pop corn / Black bird

Type : single | Année de sortie : 1972 | Label original : Disques Motors | Formats physiques : 45T |

:: Track-list ::

1 – Pop corn – 2:30
2 – Black bird – 2:45
Durée totale : 05:15


Nous sommes en 1972. Jean-Michel Jarre vient de quitter le GRM et de composer une partie de la musique du ballet Aor donné à l’Opéra de Paris quelques mois plus tôt. L’une de ses camarades du GRM, Hélène Leduc, est directrice artistique dans la jeune maison de disques de Francis Dreyfus propriétaire du jeune label Motors. Elle convainc celui-ci de signer ce jeune compositeur qu’elle croit prometteur. Un contrat d’exclusivité permet à Jarre de s’acheter du matériel et de se consacrer à son art naissant.


Francis Dreyfus fondateur du label Disques Motors

Le précédent 45T du compositeur qui est sorti l’année précédente chez Pathé Marconi, “La caqe“, s’est mal vendu. Dreyfus, qui veut un retour sur investissement, et Jarre, qui cherche à faire bonne figure pour son patron, se mettent d’accord pour sortir un single ayant un potentiel commercial. Pour mettre toutes les chances de leur côté, ils choisissent de sortir une reprise d’un tube mondial : “Pop Corn“.

Pop Corn” est un titre composé en 1969 par l’allemand Gershon Kingsley. Il figure sur l’album “Music to Moog by Gershon Kingsley” qui sort la même année aux Etats Unis où le compositeur réside. Le titre est réenregistré en 1972 par le groupe First Moog Quartet fondé deux ans plus tôt par Kingsley pour monter les capacités du Moog au public. La même année, le groupe Hot butter, formé autour de Stan Free, aussi membre du First Moog Quartet, commet une nouvelle version. Le disque devient rapidement un hit mondial : 900’000 copies sont vendues rien qu’en France ! Devant ce succès, une multitude de reprises, dont celle de Jarre, vont envahir les bacs. Le succès de cette musique 100 % électronique et instrumentale n’est d’ailleurs peut être pas étranger au recrutement du mucisien chez Motors.

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L’album “Music to Moog by Gershon Kingsley”

Jarre adapte donc ce tube à sa sauce dans le petit home studio qu’il s’est fait dans l’appartement de sa mère à Issy-les-Moulineaux. Parmi ses instruments, point de Moog comme le prétendent pourtant les crédits du disque. Dreyfus a sans doute chercher à faire un clin d’oeil (ou un argument publicitaire ?) au Moog de Kingsley. En fait, le compositeur n’a à sa disposition qu’un orgue Farfisa et les petits synthés modulaire VCS 3 et AKS de chez EMS. De toute façon, à cette époque-là, qui va aller pinailler sur le nom d’un synthétiseur ? Voilà pour la face A…

Pour la face B, Jarre enregistre un morceau de son cru : “Black bird“. Toujours les mêmes instruments de base : Farfisa phasé et délayé et synthés VCS3 et AKS. Ce titre, très mélodique, le rend accessible à un large public. On y décèle les prémices ce qui sera la patte de Jarre : une mélodie suffisamment accrocheuse pour se passer de paroles et toute une série d’effets électroniques choisis et saupoudrés avec talent pour titiller l’oreille et tenir la mélodie pendant 3 minutes. Ce morceau se retrouve aussi l’année suivante sur l’album “Deserted palace” sous le nom “Bridge of promises“. Jarre l’intègrera aussi parmi les titres de sa compilation “Rarities” en 2010. Il figurera aussi sur la compilation multi artistes “Cosmic machine” (2013).


Le 45T de “Pop corn / Black bird”

Pour l’habillage du disque, une pochette simple, uniformément verte, sans image, ni photo, pour limiter les coûts de production du petit label. Dans les crédits, le nom de Jarre s’efface derrière le pseudo “Jammie Jefferson“. “Jamie”, c’est en fait le petit nom que lui donne sa mère depuis l’enfance. Coquetterie d’artiste ou cachoterie du fait de contrats concomitants ? Peut être simplement un usage marketing courant de l’époque. Un étrange nom d’artiste “Pop Corn Orchestra” (l’orchestre, c’est Jarre tout seul !) vient encore plus brouiller les pistes sur la pochette. Dreyfus affuble enfin celle-ci d’un trompeur “Version originale” et d’un racoleur “Spécial club” pour appâter le chaland. Le disque sort dans cinq pays : France, Belgique, Espagne, … Brésil et Turquie. Le succès sera probablement d’estime mais Jarre et Dreyfus remettront vite le couvert.

Pour la petite histoire, le propriétaire du label espagnol qui sort le disque dans la Péninsule ibérique, va reprendre les bandes du titre, y coller des paroles insignifiantes en castillan dessus, renommer le morceau obtenu “Palomitas de maiz” (traduction littérale espagnole de “pop corn”) et ressortir le tout sur un autre label de la même maison de disques, sans bien sûr créditer Jarre… Ou comment se faire du beurre avec du pop corn ! Par ailleurs, après le succès d’Oxygène cinq ans plus tard, le “Pop corn” de Jarre refera son apparition sur une compilation suisse (Tubes story) avec, cette fois, le vrai nom de l’interprète, histoire de mieux le vendre !

::Instruments::
EMS Synthi AKS | EMS VCS3 | Farfisa Professional

::Discographie originale::

1972 – France – 45T  : MT 4028, label Disques Motors
1972 – Espagne – 45T : ‎AC – 10.032, label Acción
1972 – Belgique – 45T : S. 526, label Supreme Records
1972 – Turquie – 45T : MT 4028, label Disques Motors
1972 – Brésil – 45T : STM-036, label Steam Machine


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