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Les pseudonymes artistiques de Jean-Michel Jarre

Jean-Michel Jarre a toujours assumé son vrai nom sur les pochettes de ses disques et ce dès 1971 avec son premier single “La cage”. Pourtant, il a eu recours au début de sa carrière à plusieurs pseudonymes pour des singles de jeunesse. Petit historique chronologique des alias de Jean-Michel Jarre.

::Jammie Jefferson::


Le studio de Jean-Michel Jarre à Issy-Les-Moulineaux

Entre 1970 et 1971, alors tout juste sorti du Groupe de Recherches Musicales de l’ORTF de son mentor Pierre Schaeffer, le jeune Jean-Michel Jarre n’a pas encore son impressionnante collection de synthés. En tout et pour tout, le petit home studio dans le modeste appartement de sa mère à Issy-Les-Moulineaux se compose d’un orgue Farfisa, de deux synthétiseurs, le VCS3 et l’AKS Synthi A, et de deux enregistreurs à bandes Revox.

C’est sur ce matériel limité dont il découvre et exploite toutes les possibilités, qu’il compose une série de morceaux à la tonalité résolument électronique et qui seront réunis un peu plus tard sur l’album Deserted palace. Parmi ces morceaux, il y en a un dont la base mélodique lui donne un potentiel radiophonique un peu plus évident que les autres, “Black bird”, dont il crédite la composition sous le pseudonyme “Jammie Jefferson“, “Jamie” étant le nom affectueux que lui donne sa mère depuis son enfance.

En 1972, Jean-Michel Jarre intègre la toute jeune écurie “Disques Motors” que Francis Dreyfus a lancée l’année précédente avec Christophe. C’est Hélène Dreyfus, qui a persuadé le patron de ce label indépendant de signer le jeune compositeur prometteur qu’elle a connu au GRM. Mais Dreyfus n’est pas encore tout à fait convaincu du potentiel discographique de Jammie Jefferson et va donc lui proposer un premier disque test.


::Pop Corn Orchestra::


“Pop Corn” par Pop Corn Orchestra (1972)

En 1972, la musique électronique n’en est encore qu’à ses balbutiements. L’“Autobahn” de Kraftwerk et le “Phaedra” de Tangerine Dream ne sortiront que deux ans plus tard. Les références grand public sont encore rares en la matière à l’exception du “Switched-on Bach” de Walter Carlos (1968) et du “Pop corn” de Gershon Kingsley (1969).


Jean-Michel Jarre crédité “Pop Corn Orchestra” et “Jammie Jefferson” sur le single “Pop Corn” (Motors MT 4028)

Alors justement, Dreyfus pousse son nouveau poulain Jean-Michel Jarre à faire une reprise de “Pop Corn” pour surfer sur le succès de ce titre et ainsi obtenir un retour sur investissement facile. Le jeune compositeur s’exécute. Pour boucler le single avec une face B, Dreyfus accepte ce “Black bird” que Jarre a dans ses tiroirs.

Et pour bien envelopper le produit, Dreyfus baptise Jean-Michel Jarre, pourtant seul à ses machines, d’un ronflant “Pop Corn Orchestra” sur la pochette du single. C’est ainsi que le musicien est crédité sur le même disque sous le couvert de deux pseudonymes différents : “Pop Corn Orchestra” sur la pochette, et “Jammie Jefferson” pour la composition de “Black bird” et l’interprétation “au Moog” des deux titres.


::The Foggy Joe Band::


“Zig zag dance” par Foggy Joe (1972)

Nous sommes toujours en 1972. Jean-Michel Jarre veut proposer un nouveau disque pour Dreyfus avec la complicité de Samuel Hobo. Les deux hommes ont déjà commis un premiers 45T intitulé “Freedom day”, titre que Jean-Michel Jarre, sans doute très fier de cette œuvre de jeunesse, a inscrit sur les murs de son petit studio. Alors que Hobo et Jarre sont crédités par leurs vrais noms sur ce disque édité cette même année chez Disc’Az, ils décident de masquer leurs identité sur le label “Disques Motors”.


Jean-Michel Jarre crédité “The Foggy Joe Band” sur le single “Zig zag dance” (Motors MT 4032)

C’est ainsi que pour leur deuxième 45T “Zig Zag” (ou “Zig Zag dance” selon les éditions), les deux compères ne montrent pas leurs visages sur la pochette et dissimulent leur vrais noms derrière des pseudos (peut être sont-ils toujours sous contrat chez Disc’Az ?) que sont “Foggy Joe” pour Hobo et “The Foggy Joe Band” (rien de moins que “le groupe” de Foggy Joe) pour Jarre.


Jean-Michel Jarre crédité “The Foggy Joe Band” et “Jammie Jefferson” sur le single “Zig zag dance” (Columbia 1 C 006-94 258)

Jean-Michel Jarre conservera cette fausse identité quand il apparaîtra seul sur la pochette de deux autres singles édités l’année suivante en Allemagne et en Italie avec sur une face la version instrumentale de “Zig Zag” et sur l’autre le revenant “Black Bird”. Et voici donc Jean-Michel Jarre crédité sous trois noms sur le même disque : “The Foggy Joe Band” en tant qu’artiste, “Jean-Michel Jarre” pour la composition de “Zig zag”, et “Jammie Jefferson” pour la composition de “Black bird”! Pourquoi faire simple …?

::1906::


“Cartolina” par 1906 (1974)

En 1974, Jean-Michel Jarre a déjà vu son vrai nom prendre sa place sur les pochettes des albums parus l’année précédente : “Deserted palace”, recueil de ses expérimentations électroniques et sur lequel figure encore l’inévitable “Black bird” maquillé sous son nouveau titre “Bridge of promises”, et “Les granges brûlées” la bande originale du film du même nom.


Jean-Michel Jarre crédité “1906” sur le single “Cartolina” (Disques Labrador LA 4050)

Pourtant, il est en train d’essayer un autre style plus rock avec le guitariste Bernard Madelin du groupe Blue Vamp. Jarre signe pour le groupe la composition et la production du titre “Jolly Dolly” qui paraît sur un single sensé porté leur unique album éponyme.

Parallèlement, Jean-Michel Jarre compose avec la complicité de Madelin deux titres éloignés de l’univers de ses deux premiers albums. Dreyfus accepte de les sortir mais sous un nouveau label baptisé “Disques Labrador” et Jarre doit de nouveau se camoufler derrière un pseudonyme à savoir “1906” dont quiconque est au défi d’en trouver la sombre origine…

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