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Interview discographique (partie 2/4) de Jean-Michel Jarre par Elf

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Deuxième partie de l’interview datée de 2018 en 4 parties du blogueur scandinave Elf et dont Aerozone vous propose la traduction.
Lire la 1ère partie.

Accès: Les chants magnétiques | Les concerts en Chine | Zoolook | Rendez-vous | Révolutions

Après la sortie d’Equinoxe (1978), qui fait suite à son album révolutionnaire Oxygène (1976), Jean-Michel Jarre a donné son premier concert en plein air à la Place de la Concorde à Paris. 1 million de personnes sont venues et sa première entrée dans le Livre Guiness des Records était un fait. Après avoir récupéré, Jarre a commencé à travailler sur son prochain album. Mais cette fois avec une approche différente.

Les Chants magnétiques (1981)

Les Chants magnétiques

Elf: Passons aux Chants magnétiques (1981). La technologie a énormément évoluée depuis votre dernier album, notamment avec le premier échantillonneur numérique au monde, le clavier Fairlight. Et vous avez échantillonné beaucoup de sons de la vie réelle pour revenir à vos racines de la Musique Concrète*. Que pouvez-vous me dire sur la réalisation de cet album ?

JMJ : Toute forme d’art est dictée par la technologie, et non l’inverse. Ça a toujours été comme ça. Vivaldi a inventé le violon puis il a fait la musique qu’il a faite. Et Elvis a fait sa musique parce qu’à l’époque, il n’était pas possible de couper et d’éditer, donc tout devait être enregistré en une seule prise. Et les chansons devaient durer moins de deux minutes parce que c’était la durée maximale pour un disque de 78 tours. Et… C’était quoi déjà la question ?

Elf : Les Chants magnétiques, et…

JMJ : Ah oui, les Chants magnétiques. Tout d’abord, j’ai changé de studio. Le studio où j’ai fait Oxygène et Equinoxe n’était pas très éloigné de l’endroit où nous nous trouvons aujourd’hui et il était dans une ancienne cuisine. J’habitais dans un appartement bizarre avec deux cuisines, alors j’en ai transformé une en studio. C’était un studio simple, mais le son était très chaleureux. Ensuite, j’ai eu les moyens de construire un studio d’enregistrement professionnel, avec de grandes enceintes au mur et tout le reste. Et puis les soucis ont commencé.

[NDLR: Jarre explique que dans un grand studio d’enregistrement, le haut-parleur devient la pièce.]

JMJ : Et puis, si la pièce n’est pas parfaite, vous êtes pris au piège en termes de sons, et vous commencez à vous en occuper bien plus que de votre musique. Dans un home studio, vous pouvez obtenir un son très précis, car les haut-parleurs sont proches de vos oreilles.

[NDLR: Nous reparlons des synthétiseurs, et il dit que mélanger le Fairlight et les nouveaux instruments numériques au monde analogique de la musique de synthétiseur constituait également un défi.]

JMJ : En écoutant les Chants magnétiques aujourd’hui, je me rends compte qu’il a un son beaucoup plus petit que Oxygene et Equinoxe. C’était au début des années 80 et le son des années 80 est le son d’une ère numérique très pauvre. L’ère de la VHS, si vous voulez.

[NDLR: Les Chants magnétiques part 1 occupe toute la première face de l’album et dure 17 minutes. Mais il est toujours divisé en trois sections très différentes. Une seule d’entre elles a déjà été jouée en concert.]

Elf : Pourquoi la Part 1 n’est-elle pas trois morceaux ?

JMJ : Parce que je voulais affirmer qu’un album ne devrait être qu’une partie. Et je n’avais jamais tenté cela auparavant. Prince a fait ça une fois. Au milieu de l’ère du CD, il a réalisé tout à coup un album (Lovesexy) avec un seul morceau et aucun index. Tu devais écouter le tout, tu ne pouvais pas sauter au milieu. J’ai toujours aimé cette idée. Je ne suis jamais allé aussi loin, mais c’était l’idée.

Elf : Est-ce que vous jouerez la troisième partie en concert ? Parce que beaucoup de fans l’aiment vraiment.

JMJ : Je suis entièrement d’accord ! Oui, je pense que ce genre de séquence hystérique, rapide et folle fonctionnerait très bien en concert. Je suis d’accord, je devrais le faire un jour. Merci de me le rappeler !

Elf : La première fois que j’ai entendu la partie 2 de Chants magnétiques, c’était dans la version Commodore 64 du jeu Bomb Jack.

JMJ : Oui ! J’ai adoré ce jeu.

Elf : Je suis sûr qu’ils ne vous ont pas demandé la permission. Ben Daglish, un compositeur célèbre du Commodore 64, m’a dit lors de son interview que lorsqu’il volait des airs de compositeurs de la vraie vie, il avait 15 ans. Personne de la société de jeux vidéo ne lui a parlé des droits d’auteurs.

JMJ : Évidemment qu’ils ne l’ont pas fait. Je le crois. Et j’ai vraiment adoré. Parce que je sais que quelques autres gars ont utilisé d’autres morceaux de Chants magnétiques et ont réalisé ces reprises minimalistes 8 bits de ma musique. Je les ai vraiment adorées !

Elf : La première vraie version de la deuxième partie que j’ai entendue était celle de l’album des Concerts en Chine (1982). Et quand j’ai finalement entendu l’originale, j’ai été déçu. Parce que je sentais que la version chinoise avait cette énergie qui manque à l’original.

JMJ : Je suis entièrement d’accord. Et c’est la raison pour laquelle, sur l’anthologie Planet Jarre, j’ai remixé cette chanson et utilisé le solo et la batterie de la version chinoise de la chanson. C’est drôle, parce que vous pouvez le demander à beaucoup d’artistes, en particulier de la scène rock : tu fais la version studio, puis tu montes sur scène et tu l’améliores en la jouant d’une manière nouvelle et fraîche. C’est comme si la version studio était la démo, puis que la chanson grandissait et devenait adulte sur scène. Pour Chants magnétiques 2, c’est certainement vrai. Tu es le premier à qui j’ai parlé et qui a mentionné cela, mais nous sommes tout à fait d’accord.

Les Concerts en Chine (1982)

Les Concerts en Chine

Nous passons maintenant à l’album Les Concerts en Chine. En 1981. Jarre fut le premier musicien occidental de l’époque moderne à y jouer . Il a fait cinq concerts à Pékin et à Shanghaï, et l’album qui a suivi a été publié un an plus tard.

Elf : Pour moi, ce n’est pas un album live. Lorsque vous écoutez les émissions de radio chinoises, il est évident que vous avez beaucoup travaillé sur la musique en studio à votre retour. Donc, pour moi, c’est plus un documentaire musical de votre expérience en Chine.

JMJ : Tu sais, c’est la meilleure façon d’en parler ! Tu as tout à fait raison ! Pour moi, les Concerts en Chine était mon album studio suivant après les Chants magnétiques. Ce n’est pas un disque live. Bien sûr, ça vient d’une expérience live, mais c’est un album conceptuel, comme un album studio, avec des éléments live. Donc, tu as raison, c’est comme un documentaire audio.

Elf : Mon morceau préféré de vous est sur cet album, à savoir Arpégiateur. J’aime quand vous jouez comme ça avec les sons tout en parvenant à créer quelque chose d’aussi accrocheur. J’étais tellement heureux que vous l’ayez inclus dans la section Sequences de Planet Jarre.

JMJ : Et c’est pourquoi j’ai commencé cette section de l’anthologie avec ce morceau. Il a une magie particulière, comme si ça devait être ennuyeux, mais que ce n’était pas le cas. C’était la meilleure façon de commencer cette partie de la compilation.

[NDLR: Ensuite, un peu embarrassé, j’avoue que j’ai mis 20 ans à réaliser que l’Ouverture de cet album est une version ralentie de la première partie des Chants magnétiques 1.]

JMJ : Oui ! Je discutais avec le groupe qui était sur scène avec moi en Chine de la manière dont nous devrions ouvrir les concerts. Et l’ingénieur du son a fait une erreur en passant Chants magnétiques 1 à mi vitesse. Et j’ai dit : “C’est ça”, ha ha !

Elf : Et le pire, c’est que sur l’album des Concerts en Chine, il y a un morceau avec des balles de ping-pong qui rebondissent, d’une durée de 21 secondes. Et vous avez appelé cela la partie 1 des Chants magnétiques. Le morceau d’origine dure 17 minutes. Était-ce une blague ?

JMJ : Oui, exactement, hé hé.

Zoolook (1984)

Zoolook

Après l’album Concerts en Chine, Jarre s’est lancé dans l’un de ses projets d’enregistrement les plus ambitieux. Ce faisant, il lui a été demandé d’écrire de la musique pour une exposition d’art moderne. Les artistes utilisaient des articles de supermarchés et Jarre a eu l’idée de faire une déclaration : puisque que les maisons de disques vendent les disques dans les supermarchés, comme si c’était des yaourts ou des bonbons, Jarre a décidé de faire quelque chose qu’elle ne pourrait pas vendre comme ça, c’est à dire un disque produit à un seul exemplaire.

L’album intitulé Musique pour supermarché (1983) a été vendu aux enchères et la matrice a été brûlée. La nuit précédant la vente aux enchères, Jarre a diffusé le disque sur RTL et les mp3 de l’album que vous trouvez en ligne aujourd’hui proviennent de cette émission.

L’album suivant de Jarre est Zoolook (1984), qui est l’une des œuvres les plus importantes de Jarre. Il consiste en des échantillons de voix humaine en 30 langues. Mais ils sont mixés, traités et joués à travers le Fairlight et utilisés comme instruments. Même les plus virulents détracteurs de Jarre admettent que cet album a quelque chose à offrir.

Elf : Des parties de l’album Musique pour supermarché ont également refait surface sur Zoolook, n’est-ce pas ?

JMJ : J’ai créé Zoolook et Musique pour supermarché en même temps. C’était les mêmes séances et la même période. L’enregistrement de Zoolook a pris si longtemps que je suis presque devenu fou. Il m’a fallu deux ans, dont quatre mois de mixage, et quatre ingénieurs. J’ai pris David Lord, l’ingénieur du son de Peter Gabriel, il a même perdu une dent, je crois, au cours de ce processus. C’était fou, ha ha.

Elf : Comment ? Est-ce que ça a mal tourné en studio ?

JMJ : Oui, et puis ils étaient tous épuisés et je n’étais toujours pas satisfait. J’avais une idée très précise de Zoolook. Je voulais cet arrangement dingue, avec seulement des voix, et c’était très difficile à réaliser. Je suis allé à Londres et j’ai passé deux mois dans les studios Trident, et ce fut un désastre. J’ai finalement fini le mixage dans mon propre studio. Je me souviens que David Lord est venu de Bath pour m’aider. Chaque ingénieur du son est différent, mais Lord avait ces idées étranges qui ont vraiment contribué à façonner le son des premiers albums de Peter Gabriel. Il a tout mis en 16 bits, poussé au maximum, et j’ai dit que cela créerait beaucoup de sifflement dans l’enregistrement. Mais il a dit « non, non, ça va créer une autre couche ». C’était vrai, mais j’ai utilisé le Fairlight, qui ne contient que 8 bits. Donc, c’était inutile de faire ce qu’il a fait.

[NDLR: Finalement, Jarre a fini le mixage tout seul. C’est à ce moment-là qu’il s’est rendu compte qu’il pouvait mixer ses albums tout seul, ce qu’il n’avait pas encore fait.]

JMJ : Dans la musique électronique, le mixage fait partie du processus de composition. Mais je n’ai pas vraiment commencé à le faire moi-même avant le mixage de la compilation Aero, mixée en son surround 5.1.

Elf : Vous avez utilisé l’incroyable bassiste Marcus Miller sur Zoolook. Je l’ai interviewé il y a quelques années, et il a déclaré que les musiciens de la session à New York à l’époque ne vous appelaient autrement que « le français qui dit ‘Mother fuckeeeeer’».

[NDLR: Jarre éclate de rire.]

JMJ : Ha ha ! Mais tu sais, Marcus Miller était très cool. C’est l’un des meilleurs bassistes de l’histoire et, lorsque je lui ai demandé de jouer sur mon album, il a joué de façon fantastique. Et puis j’ai ré-échantillonné chaque partie de basse qu’il a faite et je les ai coupées en morceaux dans le Fairlight, ha, ha. Je me suis excusé et lui ai dit que j’espérais que ça ne le dérangeait pas.

Elf : En fait, il m’a dit la même chose. Mais il était cool avec ça, il a vraiment aimé ta musique.

JMJ : C’est un type bien et nous sommes toujours amis. Je pensais l’impliquer dans mon projet Electronica, mais cela ne s’est pas fait. Donc, j’espère que sur mon prochain projet*, je pourrais faire un morceau électronique avec lui. Il a tellement de talent. Il suffit de penser que Miles Davis était un homme très difficile, même violent parfois. Et il a laissé un gamin, qui n’avait que 22 ans à l’époque, produire l’un de ses meilleurs albums, Tutu. Ça en dit long sur les talents de Miller.

Rendez-vous (1986)

Rendez-vous

Le prochain album était Rendez-vous (1986) et Jarre l’a créé alors qu’il travaillait sur un énorme concert entre les gratte-ciel de Houston, au Texas. Le concert était une célébration de la NASA et du 150ème anniversaire de Houston. 1,3 million de personnes ont assisté au concert. Un record du monde à l’époque.

Elf : Beaucoup de thèmes sur Rendez-vous sont issus de singles que vous aviez créés pour Gérard Lenorman au milieu des années 70, qu’est-ce qui vous a décidé à les réutiliser ?

JMJ : Rendez-vous est le seul album que j’ai composé pour être joué sur scène, car il était tellement mêlé au concert de Houston. Et sur cet album, j’ai l’hymne Rendez-vous IV . Et je crois que c’est Michel Geiss, qui est revenu alors qu’il n’était pas impliqué dans Zoolook, qui l’a trouvé à la poubelle. C’était une démo que j’avais faite et que je n’aimais tout simplement pas. Mais il a insisté sur le fait que nous pouvions faire quelque chose d’intéressant avec ça, et en fait il a sauvé le morceau.

[NDLR: Jarre explique qu’à cette époque, il était également obsédé par le film de Stanley Kubrick, Orange mécanique.]

JMJ : La bande-son a été réalisée par Wendy Carlos et j’ai vraiment aimé la façon dont elle a mélangé cette énergie symphonique folle et la musique d’instruments électroniques. C’est pourquoi Rendez-vous 2 est devenu un morceau aussi symphonique. Et de ce point de vue, je pense que Rendez-vous 2 fonctionne très bien. L’approche symphonique m’a rappelé les chansons pop que j’ai composées dans les années 70, et j’ai pensé que ce serait vraiment cool de construire la musique autour de ces thèmes, créés sur l’Eminent.

[NDLR: Ces jours-ci, Jarre dit qu’il a appris par la suite que ce morceau était utilisé comme musique dans les églises.]

JMJ : Un journaliste d’un magazine culturel français m’a interviewé et il prépare un livre sur la musique sacrée des temps modernes. Et ce genre de musique n’existe plus vraiment. Et j’ai appris que Rendez-vous 2 est utilisé pour les mariages et les funérailles. Et je me souviens que quand j’ai rencontré le pape Jean-Paul II, lors du concert que nous avons donné à Lyon après celui de Houston, il a mentionné Rendez-vous 2 en tant que musique sacrée. Et j’étais tellement excité à propos de ça, parce que c’était quelque chose à laquelle je n’avais jamais pensé comme ça. Mais j’aime cette composition. Elle a une structure sympa, comme une symphonie ou une musique classique, mais avec dedans une énergie puissante. Funeral for a friend d’Elton John a également ce genre d’énergie.

Elf : Une autre chose que beaucoup de gens ignorent peut-être, c’est que Rendez-vous a eu un succès incroyable. Il était classé dans le top 50 du Billboard 200, dans les charts anglais pendants des mois et il s’avère que c’est votre deuxième album le plus vendu.

JMJ : C’est aussi ma deuxième plus grosse vente ici en France. Alors oui, tu as raison.

[NDLR: Jarre a une théorie selon laquelle la musique commerciale et immédiate de Rendez-vous IV est également une partie de l’explication du succès. Quelque chose qu’il n’apprécie pas trop.]

JMJ : Rendez-vous IV est devenu une blague récurrente dans mon entourage. Ils disent tous que si nous jouons cela, tout le monde va se lever et applaudir et tout ça. Et pour moi, c’est toujours un cauchemar de jouer ce morceau. Je ne peux même plus l’écouter. Mais partout où je l’ai joué, tout le monde est dedans immédiatement. C’est presque mécanique, ils se lèvent tous et commencent à applaudir et à devenir fous. Même l’équipe dit « joue ce morceau ». Et chaque fois que nous le faisons, ça fonctionne. Mais rappelle-toi, à l’origine je voulais le jeter.

Elf : Oui, ce n’est pas l’un de mes favoris, à vrai dire.

JMJ : Oh, je suis d’accord avec toi, à cent pour cent !

Révolutions (1988)

Révolutions

Elf : Vient Révolutions (1988). C’était le premier album que vous avez fait que j’ai attendu et je l’adore pour des raisons nostalgiques. Mais en vieillissant, vous devenez plus cynique quant à vos goûts…

JMJ : C’est sûr.

… et aujourd’hui, je réalise que si par le passé vous aviez vous-même créé tous les sons, dans Révolutions, vous utilisez principalement les préréglages du clavier Roland D50. Je pense avoir déjà qualifié cet album de cassette de démonstration du Roland D50. Qu’est-ce qui vous a décidé à faire l’album comme ça ?

JMJ : Tu sais, je suis vraiment tombé amoureux du D50. Pour moi, c’était l’anti Yamaha DX7 (clavier numérique utilisé par tout le monde dans les années 80, ce qui j’ai vilipendé pendant des années). Je sais que Brian Eno va me haïr de dire cela, il adore le DX7. Mais je l’ai toujours détesté. Je ne pardonnerai jamais à Yamaha d’avoir tué Robert Moog, l’ARP et tous les synthés classiques en lançant ce déchet à bas prix.

[NDLR: Jarre déclare également que, parce que le DX7 imitait de vrais instruments, il avait également créé l’idée ambiguë selon laquelle les synthétiseurs n’étaient là que pour les remplacer.]

JMJ : Tu pouvais sonner comme un hautbois, une clarinette ou un violon en appuyant simplement sur un bouton. Et le D50 était pour moi totalement le contraire. Le son était très chaud, même s’il était très numérique, alors je me suis retrouvé pris au piège. Ainsi, Révolutions a été fabriqué principalement avec ce clavier et le MPC60 d’Akai. J’ai tout fait avec eux.

[NDLR: Même si Jarre a abandonné la création de ses propres sons sur cet album, il assume.]

JMJ : Je rencontre souvent des personnes qui disent qu’on ne devrait pas utiliser les préréglages, qu’on devrait les traiter et les préparer soi-même. Je n’ai jamais compris cette attitude. Si tu aimes le son du piano, tu n’essaye pas de changer ou de tordre le son. Tu l’utilises. Il en va de même pour un violon ou une clarinette. Donc, s’il y a un son que tu aimes dans le synthé, pourquoi devrais-tu dire « non, puisqu’il est dans l’instrument, nous ne devrions pas l’utiliser ? ». C’est stupide.

Elf : J’aime Révolutions, car il est arrivé à un moment très heureux de ma vie. J’ai donc de grands sentiments nostalgiques.

JMJ : Exactement. Et j’aime beaucoup cet album aussi. Il y a des morceaux bizarres dedans, comme Computer Weekend.

Elf : Röyksopp m’a dit qu’ils adoraient ce morceau.

JMJ : Vraiment ? Le moustique de cette chanson se transforme en chien à la fin, c’est vraiment dingue, hé hé. Et la chanson titre contient ce super chant islamique. Tu sais, ce morceau a été diffusé à la radio en France, mais il y a eu tellement de gens d’extrême droite qui ont appelé et écrit pour se plaindre, que les stations de radio se sont dégonflées et ont arrêté de le passer.

Elf : Puisque nous parlons de ce morceau : sur la version originale de 1988, il y avait une flûte qui jouait et un chant différent. Mais en 1990, vous avez remplacé ce chant par un nouveau et la flûte a été remplacée par des cordes arabes. Pourquoi ?

JMJ : J’ai eu un problème avec le joueur de flûte (Kudsi Erguner). Il était originaire de Turquie et il a également joué sur un disque de Peter Gabriel, puis avec Brian Eno et moi-même. Ensuite, il a poursuivi tout le monde et a dit qu’il était le co-compositeur et voulait des droits. Ça m’a tellement énervé que j’ai décidé que sur toutes les rééditions futures je ferais une version différente de celle-ci.

Elf : Mais c’était, selon Jarre, une sorte de bénédiction déguisée.

JMJ : C’était aussi une bonne occasion de le changer, car je ne sentais pas que l’original fonctionnait assez bien. C’était trop “Musique du monde”.


Merci à Elf de nous avoir laissé reproduire cet article. Retrouvez son interview d’origine.


Lire la 3ème partie

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