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La genèse d’Oxygène de Jean-Michel Jarre (1976)

“Oxygène” est l’album le plus connu, et le mieux vendu, de Jean-Michel Jarre. Contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas son premier album (il y a eu “Deserted Palace” en 1972, et “Les granges brûlées” en 1973), mais c’est celui qui l’a fait connaître au grand public et qui marque le début d’une extraordinaire carrière dans ce qui est, longtemps, le petit monde de la musique électronique.

Entre quelques disques d’expérimentations sonores peu accessibles “dont la notoriété n’a pas dépassé le bout de la rue”, et son travail de producteur et de parolier pour des chanteurs de variété, “Oxygène”, arrivé en 1976 comme un ovni discographique dans un paysage sonore international dominé par le punk et le disco, va pourtant marquer le monde de la musique par l’originalité de ses sonorités et de sa structure qui font qu’il est considéré encore aujourd’hui comme un chef d’oeuvre du genre, une référence pour toute une génération de compositeurs.

Comment est né cet album cohérent et intemporel ? Comment Jarre l’a t-il conçu malgré le peu de moyens engagés ? Comment a t-il réussi son défi de marier démarche expérimentale et culture pop avec des instruments (voir vidéo en fin d’article) et un style électroniques alors peu ancrés dans le paysage musical de l’époque ?

Tentons donc de re parcourir le chemin de la création de cet album mythique, au travers de l’évocation de son contexte, de son approche musicale, de son concept, et de sa réalisation.


::Le contexte : un état d'”insouciance devant des territoires vierges”::

La musique électronique trouve son origine dans les années 20 avec notamment l’invention incongrue du Theremin. Même si des compositeurs comme John Cage, Pierre Schaeffer, Karlheinz Stockhausen utilisent des machines dès les années 30 et 40, il faudra attendre la fin des années 60 et le début des années 70 pour que la musique électronique se démocratise timidement dans les foyers avec des oeuvres plus accessibles nées souvent de groupes de rock reconvertis.

En cela, 1974 est une année charnière avec deux disques majeurs venus d’Allemagne : “Autobahn” de Krafwerk et “Phaedra” de Tangerine Dream qui n’échappent pas à Jean-Michel Jarre qui prend alors certainement conscience de son potentiel discographique.


“Phaedra” de Tangerine Dream et “Autobahn” de Kraftwerk

“Je ne m’intéresse au Tangerine Dream qu’à partir de “Phaedra” en 1974 ; avant je sortais de Ligeti, Penderecki, Stockhausen, je les voyais juste comme un groupe de rock. J’étais de passage à Reims en 1974 quand ils ont donné ce concert dans la cathédrale, c’était super – le pape a moins apprécié, ils les a banni. Kraftwerk, je les découvre avec “Autobahn”, je suis persuadé que c’est un groupe californien qui chante en allemand, je trouve ça tellement cool !” (Rock & Folk 11/2015)

Le jeune compositeur est sorti du GRM de Schaeffer en 1970 avec l’idée de faire sortir la musique électronique du ghetto élitiste dans lequel elle était enfermée. Marginal mais déterminé, il tente depuis de trouver sa voie.

“Etant passé par Stockhausen, par Pierre Henry, je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui nous appartenait, qui faisait partie de notre ADN sonore propre. Quelque chose qui n’était pas le jazz ni le rock, que j’adorais pourtant l’un et l’autre, et que j’avais absolument envie d’exprimer, sans avoir la moindre idée de si cela pouvait marcher ou pas.” (liberation.fr 08/10/2015)

Malgré quelques tentatives discographiques précoces (La cage, 1971, Deserted Palace, 1972, Les granges brulées, 1973), Jarre, malgré toute son ingéniosité, se heurte rapidement aux limites sonores des deux seuls instruments qui trônent alors dans son appartement, le synthétiseur VCS 3 d’EMS et l’orgue Farfisa Professional, et de traitement du son qui se résume aux échos de ses magnétophones à bandes Revox.


“Deserted palace” et “Les granges brûlées”

“En ce temps-là, j’avais un studio dans la cuisine de mon appartement [près des Champs-Elysées] et j’expérimentais avec des synthétiseurs et des magnétophones. Mais rien de décisif ne se passait. Je pense que ces deux premiers albums [“Deserted palace” et “Les granges brulées”] ont été vendus environ à 100 exemplaires… (rires) – ce qui pourrait être considéré comme un chiffre raisonnable de nos jours.” (Mojo 264 11/2015)

Le patron de sa maison de disques, Francis Dreyfus, lui propose alors de l’associer à Christophe qui est aussi sous contrat avec Dreyfus. Avec Christophe, et avec Patrick Juvet, Jarre va découvrir d’autres instruments, comme l’Eminent et ses nappes de cordes, et surtout se former aux techniques de production et de studio qui font le son d’un disque. Aux studios Ferber aux côtés de René Ameline, ou aux Wally Heider Studios de Los Angeles avec Jean-Pierre Janiaud, qui deviendront des compagnons de route, le compositeur apprend.

“J’ai appris beaucoup de chose en produisant ces disques. La rigueur budgétaire, c’est à dire que vous avez un budget d’une maison de disques et vous êtes obligé de le suivre. Vous ne pouvez pas rester des jours et des nuits en studio même si j’avais un peu tendance à déborder. Aussi le fait de travailler en stéréo. Au GRM, on travaillait en multi canal (…), c’est à dire qu’il y avait une multitude de canaux et d’informations dans la pièce. La stéréo, bizarrement, pour moi, était une contrainte. (…) J’ai appris techniquement aussi à travailler dans un contexte différent, avec un matériel et un équipement que je n’avais pas du tout, que je ne pouvais pas avoir, ce qui m’a permis de faire des travaux pratiques sur de l’équipement électronique haut de gamme et de faire mes gammes si je puis dire.” (Red Bull Academy Session, 16/05/2012) “Quand je produisais Juvet à Los Angeles avec des musiciens américains, pour moi, qui sortait du GRM c’était comme passer d’un vélo à une Ferrari. Et Oxygène a bénéficié de cette expérience, de ce savoir-faire.” (greenroom.fr 29/12/2016)


JMJ à Los Angeles avec Juvet

Parallèlement à cette carrière de producteur et de parolier, Jarre continue cependant d’expérimenter avec les nouveaux instruments qu’il acquière (ARP 2600, Eminent, etc.) et avec la possibilité d’enregistrer et de mixer dans les studios qu’il fréquente. Le chemin est parsemé de nouveaux essais discographiques (Cartolina, 1974, enregistré à Ferber), mais se dessine déjà un nouveau projet d’album plus ambitieux qui synthétisera toute la pratique acquise depuis le GRM.

“Quand j’ai fait cet album [Oxygène], c’était de manière totalement secrète. Je travaillais à l’époque plutôt dans le champ de la chanson, avec Christophe, sur “Les Paradis perdus” puis “Les Mots bleus”, avec Françoise Hardy, Patrick Juvet… A côté de cela, je faisais des choses plus expérimentales, pour moi. Et puis j’ai fait cet album qui correspondait vraiment à quelque chose dont j’avais envie. (…) Je me disais que quoi qu’il arrive, je suivais un chemin qui était le mien. Je dis ça avec beaucoup de respect et d’affection pour les gens avec qui j’ai travaillé, mais pour moi, c’était un peu des travaux pratiques en vue de choses que j’avais envie d’exprimer par moi-même. Je ne courais pas après un degré de célébrité quelconque, mais quelque chose qui était assez personnel, et d’ailleurs, quand on écoute les albums “Les Paradis perdus” ou “Les Mots bleus”, ce n’est pas loin d’”Oxygène”.” (liberation.fr 08/10/2015)

Jean-Michel Jarre commence à travailler sur ce qui deviendra “Oxygène” à partir de 1974, donc en parallèle de sa collaboration avec Christophe, Patrick Juvet, Françoise Hardy et Gérard Lenorman. Il prend son temps, deux ans, pas seulement par manque de temps libre, mais aussi parce qu’il n’a pas la contrainte contractuelle de sortir quelque chose rapidement. Il est donc dans un état d’esprit de totale liberté en terme d’agenda, mais aussi dans un état d’insouciance du fait aussi de l’absence d’héritage d’un style, la musique pop électronique, qui en est encore à ses balbutiements.

“Je suis très reconnaissant à la vie, au destin de m’avoir fait naître à un moment où, quand j’ai commencé dans la musique électronique, il n’y avait presque personne derrière (…) et donc il y a une insouciance et une légèreté à ouvrir des portes sur des territoires vierges. Cette espèce d’insouciance, d’innocence, je pense, transparaît assez bien dans “Oxygène”. (Red Bull Academy Session, 16/05/2012) “Ce type d’état d’innocence, je pense qu’il est inhérent aux premières œuvres dans tous les domaines. On n’a plus jamais accès à ce premier geste qui rencontre le public, pour une raison dont on ne parle pas assez : vous avez mis tout le temps écoulé depuis votre naissance pour y aboutir, alors que la suite ne bénéficiera plus jamais de la même durée de maturation.” (liberation.fr 08/10/2015)


::L’approche : une musique électronique instrumentale “impressionniste”::

La composition de l’album va se dessiner sur la base de plusieurs dogmes de départ : Jean-Michel Jarre veut une musique instrumentale, qui soit le lien entre approche expérimentale et pop ; une musique structurée empreinte de culture européenne, électronique mais impressionniste et mélodique, démocratique, universelle, et qui parle à la sensibilité.

Pendant son apprentissage du travail sur le son au GRM, Jean-Michel Jarre s’est passionné pour la sculpture ou la cuisine du son à partir des machines. Sur les conseils de Schaeffer, il s’éloigne de la musique expérimentale de laboratoire et de la musique contemporaine élitiste, pour aller rencontrer le public de la musique pop, en prenant notamment en compte l’aspect mélodique.


Le GRM

“Au GRM, ce qui comptait était l’apprentissage du son. Il y avait un aspect bricoleur. Ce côté “concours Lépine” de la trouvaille sonore était vraiment très français, très attrayant. En même temps, je découvrais des artistes comme the Soft Machine ou Pink Floyd qui, de manière empirique, travaillaient un peu de la même manière, en privilégiant la texture du son. Je me disais : pourquoi pas faire le pont entre les deux ? […] Mon idée était clairement de faire le pont entre la musique expérimentale et la pop music parce que je considérais que la mélodie était la chose la plus importante, ou une des plus importantes pour la musique, et qu’on ne pouvait pas l’évacuer.” (liberation.fr 08/10/2015)

Par ailleurs, depuis son premier disque “La cage”, Jean-Michel Jarre est intéressé par la musique électronique instrumentale, sans chanteur, un principe de base qu’il conservera toute sa carrière, à quelques exceptions près.

“J’étais intéressé d’essayer de créer un lien entre la musique expérimentale et la pop, mais sans paroles. J’ai toujours pensé que la musique est la forme d’art la plus interactive, alors pourquoi donner une image précise à votre musique ? Par exemple, deux d’entre nous dans cette salle écoutent le même morceau de musique, mais nous avons différentes images en tête, et j’adore ce type d’interaction avec la musique.” (Future Music 297 10/2015)

Le musicien souhaite aussi structurer sa musique comme une oeuvre classique européenne, sur la base de son enseignement de la composition au Conservatoire. Il est intéressé par les longs morceaux avec des variations, avec différentes parties qui s’entremêlent.

“Je voulais aussi que ma musique ait sa propre identité européenne, ni blues, ni racines africaines.” (Mojo 264 11/2015) “Quand on fait du rock, quelque soit le talent, on n’aura jamais la même légitimité que les Anglo-Saxons. Nous Européens, nous avons dans la musique électronique un style qui nous est propre. Elle est d’abord née en France et en Allemagne. C’est une musique, avec ses longues plages instrumentales, qui est issue d’une tradition classique.” (metamusique.fr 08/10/2015)

Pourtant, Jarre souhaite aussi se démarquer de la jeune scène électronique allemande et de son “apologie de la machine” en écartant les rythmiques mécaniques de Kraftwerk mais aussi l'”ambient” linéaire de Klaus Schulze. Il souhaite de la fluidité, mais aussi des variations, en un mélange subtile.

“Nous avions des visions opposées de la musique électronique. Tangerine Dream et Kraftwerk avaient une approche très robotique, mécanique. J’ai une vision plus impressionniste, une approche à la Ravel ou Debussy.” (Mojo 264 11/2015) L’idée d'”Oxygène” c’était ça aussi, casser l’exclusivité de la rythmique. Ce qui ne veut pas dire que j’étais attiré par des gens comme comme Klaus Schulze ou le Brian Eno planant, tout ce trip baba cool.” (Rock & Folk 1985) “Schulze a un mode de composition extrêmement oriental, très linéaire ; on rentre dans une atmosphère qui ne se développe qu’insensiblement ; on reste dans la même ambiance du début à la fin. J’essaie d’avoir un mode de composition beaucoup plus vertical, c’est-à-dire de créer des oppositions, des tensions, des contrastes.” (Rock & Folk 146 03/1979)


::Le concept : un disque d’art “entre ciel et terre”::

Contrairement aux idées reçues, pour “Oxygène”, Jean-Michel Jarre n’était pas particulièrement intéressé de faire un disque sur la science fiction ou l’espace, mais plutôt sur la biosphère et sur l’écologie, sur le vivant et sur l’homme. Le concept est bien sûr renforcé par la fameuse pochette de Michel Granger, que nous évoquerons plus bas.


Oxygène

“A l’époque, la musique électronique était vraiment associée à l’idée de la science-fiction, mais pour moi, pas tant que ça. Au moment d’Oxygène, je ne pensais pas du tout à l’espace. J’imaginais plutôt quelque chose entre ciel et terre, à dix mètres du sol plutôt qu’à cent kilomètres.” (liberation.fr 08/10/2015)
“[Oxygène] c’est le début d’une réflexion écologique qu’on n’est pas nécessairement beaucoup à avoir. (…) On a beaucoup associé ma musique à l’espace et pour moi elle est beaucoup plus liée à l’environnement. Ce n’est pas l’espace sidéral mais c’est plutôt l’espace vital et c’est quelque chose qui m’a toujours beaucoup intéressé.” (Red Bull Academy Session, 16/05/2012) “J’étais très impliqué dans les questions d’environnement, les écologistes étaient considérés à l’époque comme des néo-hippies et de doux rêveurs. L’écologie n’intéressait personne, la musique électronique encore moins, je n’étais pas conforme avec mon époque, pas politiquement correct d’une certaine manière.” (greenroom.fr 29/12/2016)

Pour exprimer cela, Jarre fait le choix de sonorités douces, de l’absence de percussions invasives, si ce n’est un doux tempo de rumba. Des sons de cordes, des évocations du vent, des vagues, des mouettes rappellent aussi le monde du vivant, et procurent une sensation d’évasion et de bouffée d’air, en évitant l’écueil du disque “ambient” ennuyeux. La plupart des séquences sont faites avec des petites irrégularités qui donnent aussi de l’humanité à l’ensemble.

“J’étais obsédé par l’idée que deux sons sur “Oxygène” ne devraient jamais être exactement les mêmes. Je voulais sentir un battement de cœur, quelque chose d’humain.” (Mojo 264 11/2015) “Chaque son, même s’il semble être le même, a une attaque et un relâchement légèrement différents, et, comme les séquences sont faites à la main, par définition, elles ne sont pas exactement les mêmes. Même les sons des boites à rythmes ont été filtrés de manière très subtile pour donner de la vie à l’intérieur des patterns.” (Sound on sound 02/2008)

“Oxygène” est donc un album concept, une démarche qu’il a développée depuis ses collaborations avec Christophe et Juvet. C’est une oeuvre à part entière, avec, on vient de l’évoquer, une idée directrice qui sert de fil conducteur, et dont les six morceaux sont enchaînés pour ne faire qu’un, ce qui est renforcé par leur dénomination en “parties”.

La durée totale de l’album, sa structure et ses enchaînements fluides sont calculés pour le format du vinyl 33 tours dont les deux faces dictent un silence entre les parties III et IV, comme entre deux actes. Le disque est construit et élaboré comme une finalité en soit, un disque d’art, sans préoccupation de format “single” ou de concert.


Les titres de l’album “Oxygène”

“Le disque est un nouveau support, exactement comme l’est le cinéma par rapport au théâtre. Il ne viendra à l’esprit de personne de considérer le cinéma comme un art mineur. (…) Dans “Oxygène”, j’ai voulu faire une création adaptée à ce nouveau support. Cela ne veut pas dire qu’on soit obligé de faire la même chose sur scène par la suite. (…) On a trop tendance à lier la scène et le disque : je pense qu’il faut les séparer. Le disque est un mode d’expression à part entière.” (Interview de Alain De Kuyssche 1977)


::La réalisation : une limitation de moyens bénéfique::

“Oxygène” a été composé et enregistré dans le petit studio personnel de Jean-Michel Jarre, installé dans une des pièces (mais pas une cuisine !) ré aménagée d’un appartement parisien situé rue de La Trémoille, près des Champs Elysées. Ce mode de fonctionnement lui est dicté par un manque de moyens pour louer un studio professionnel mais il lui donne la liberté et le temps de faire les choses à sa façon.

“J’étais le premier à avoir un home studio et les gens me prenaient pour un barjot en me voyant faire de la musique chez moi. Si tu faisais de la musique de manière professionnelle, il te fallait un studio avec une vitre derrière laquelle il y a un ingénieur du son, qui est le roi, et toi tu es de l’autre côté, la victime du mec qui dirige tout. Ce n’était pas du tout comme ça que j’avais envie de travailler.” (Trax 186 10/2015)


Le studio de la rue de La Trémoille

Il y a raccordé les quelques instruments électroniques qu’il possède alors offrant une palette de possibilités peu étendue mais qui l’obligent à faire preuve d’inventivité et d’ingéniosité. Il a notamment recours à des pédales de guitares pour générer des effets.

“Quand j’ai fait “Oxygène” en 1976, je l’ai enregistré dans ma cuisine Rue de la Trémoille. C’était en fait un enregistrement à la maison, puisque je n’avais vraiment pas assez d’argent. Je possédais seulement sept ou huit instruments, parmi lesquels un ARP 2600, un orgue Farfisa et la boite à rythme Minipops 7 de Korg.” (electronicbeats.net 03.12.2015) “Un setup minimaliste avec un choix de sons très limités car il existait peu d’instruments électroniques à l’époque et ils valaient très chers.” (greenroom.fr 29/12/2016)

Les instruments utilisés pour “Oxygène” sont les suivants :

  • Synthétiseurs et claviers : ARP ‘2600’, EMS ‘VCS 3’, EMS ‘AKS’, RMI Harmonic Synthesizer, Farfisa ‘Professional PP/222’, Eminent ‘310 U’, Mellotron ‘M400’
  • Boites à rythmes : Eko ‘Rythm Computer’, Korg/Keio ‘Mini Pops 7’.
  • Effets : Magnétophones à bandes Studer ‘Revox B77 MK II’, pédale Electro Harmonix ‘Electric Mistress’, pédale Electro Harmonix ‘Small Stone MK 1’.

L’orgue Farfisa, Jarre en joue depuis les années 60 avec ses groupes de rock.

Parmi les synthés, le VCS3 et l’AKS sont les premiers acquis par le compositeur et sur lesquels il a fait ses premiers albums. Le VCS3 donne ses bruitages qui sont une des signatures de la musique de Jarre et l’AKS est notamment utilisé pour les parties vocales de soprano.

L’Eminent et le Mellotron sont des instruments qu’il a connus dans les studios d’enregistrements puisqu’assez populaires dans le rock et la variété de l’époque. L’Eminent produit les nappes de cordes et le Mellotron est utilisé pour les chœurs.

“J’avais récupéré au Studio Ferber un vieux Mellotron dont la moitié du clavier était cassée. Du coup, les notes que j’utilise dans Oxygène sont les seules qui fonctionnaient.” (greenroom.fr 29/12/2016)

Quant au RMI Harmonic Synthesizer, c’est Michel Geiss qui le lui a conseillé. Les séquences de l’arpégiateur du RMI sont la signature sonore de la deuxième face de l’album composée après l’acquisition de cet instrument.

“On s’aperçoit finalement que les limitations, comme le dit le peintre Soulages, c’est la liberté, c’est à dire que je pense que le fait d’avoir très peu de moyens vous oblige à utiliser et à exploiter à fond ce que vous avez autour de vous. (…) Et cette espèce de notion de limite que j’ai à l’époque de la genèse d’Oxygène c’est quelque chose qui, certainement, a beaucoup joué dans ce côté insouciant aussi.” (Red Bull Academy Session, 16/05/2012)

La composition des titres se fait dans le désorde de la track list finale. C’est le morceau qui constitue aujourd’hui la partie 2 de l’album qui est composée en premier, puis la partie 1, et la partie 3. La deuxième face est composée dans un deuxième temps. Jarre puise parfois dans ses anciennes travaux pour trouver quelques mélodies accrocheuses. Certains verront une certaine similitude entre le thème de la partie IV de l’album et celui du fameux ,tube Pop Corn dont Jarre avait fait une reprise quelques années plus tôt. (Lire aussi : Oxygène commenté par JMJ)

L’enregistrement de l’album commence en août 1976, juste après celui de l’album “Mort ou vif” de Juvet. Jarre n’a à sa disposition qu’un magnétophone 8 pistes acheté d’occasion. ll travaille seul si ce n’est qu’il est rejoint en septembre par un électronicien accordéoniste touche à tout ingénieux, qui va l’assister dans l’enregistrement et plus tard devenir un collaborateur crucial pourtant oublié dans les crédits de l’album : Michel Geiss.

“J’utilisais un Scully huit pistes et un mélange d’Ampex 256 et de 3M. L’album a été entièrement fait sur un seul 8 pistes et vous pouvez l’entendre dans les morceaux : c’est assez minimaliste et je crois que ça contribue à son intemporalité.” (Sound on sound 02/2008)

Le mixage est assuré “en un week end” de novembre 1976 par Jean-Pierre Janiaud, ingénieur du son de Juvet, et son assistant Patrick Foulon, au jeune studio Gang. Dans une cabine voisine, Giorgio Moroder travaille sur un disque de Donna Summer.


Le Studio Gang

M. Geiss : Oxygène avait été enregistré en 8 pistes sur un Scully chez JM Jarre dans son home studio à Paris. Jean-Pierre Janiaud avait fait un transfert 8 pistes vers 16 pistes aux studios Vogue à Villetaneuse (aujourd’hui MidiLive) pour faire le mixage au studio Gang. (Page Facebook Michel Geiss 15/08/2016).

La gravure est ensuite confiée à Translab qui vient d’être créé dans les même locaux que Gang qui tous deux existent toujours. Jarre attache une importance particulière à ces étapes du processus de création qu’il supervise en personne.

“L’artiste peut être effectivement déçu d’entendre son disque au travers du haut-parleur d’un juke-box. Mais s’il est déçu, ce n’est pas à cause du système, c’est à cause de lui-même. Nombre d’artistes américains ne se sont jamais souciés de savoir quel serait le résultat de leur travail à la fin de la chaîne, à savoir la sortie du haut-parleur. Ce dernier peut être considéré comme la caisse de résonance principale de la musique de notre époque.” (Interview de Alain De Kuyssche 1977)


La photo de David Bailey pour le verso de la pochette

Enfin, pour l’habillage, Jean Michel Jarre opte pour deux artistes en lien avec Charlotte Rampling qui partage alors la vie du compositeur : pour le verso, David Bailey, photographe de mode britannique sulfureux et goailleur pour lequel l’actrice a souvent posé. Adepte du “naturel”, il réalise une photo très simple de Jean-Michel Jarre en tenue de ville, débout, les mains dans les poches, devant une fenêtre qui pourrait être celle de son appartement.

Pour le recto de la pochette, le choix s’est porté sur le peintre Michel Granger, alors spécialisé dans le dessin de presse, et dont Rampling a déniché une des toiles dans la galerie Marquet de la rue Bonaparte ; une aquarelle rectangulaire réalisée pour le magazine Pilote en 1972 et représentant une planète Terre écorchée, dont la blessure béante laisse apparaître un crâne humain au milieu des chairs. Un jour de septembre 1976, à la galerie Marquet, Jarre rencontre le peintre qui accepte de prêter son oeuvre mais doit la retravailler, à l’aquarelle, pour refaire le fond et l’adapter au format carré de la pochette. Son titre : “Oxygène”…


Le dessin original “Oxygène” de Michel Granger

“Ce tableau m’a tout de suite évoqué ce que devait être la pochette. J’avais quasiment terminé l’album, je cherchais quelque chose qui ne soit pas une simple illustration de l’oxygène, ni un masque à gaz, ni une bouteille d’air comprimé… Entre le mot Oxygène, la tête de mort et la planète écorchée, tout s’assemblait parfaitement. [Granger] a beaucoup apporté au disque, cette adéquation parfaite entre la musique, la pochette et le message sous-jacent.” (greenroom.fr 29.12.2016)

“C’est difficile de trouver des grandes pochettes, et souvent on les trouve un peu par hasard. “Oxygène” est une grande pochette et je le dis d’autant plus que je n’en suis pas l’auteur, mais Michel Granger. On réussi une pochette de disque quand elle n’est pas une illustration de la musique mais qu’elle apporte quelque chose de plus. C’est comme si elle donnait une couche supplémentaire. On aurait pu imaginer un masque à gaz ou une bouteille d’oxygène ou un arbre… Et le fait que, sur ce titre là, il y ait une création qui vous ouvre l’esprit et qui vous fait partir dans une autre direction, avec ce que représente la pollution, ou le danger de ne pas respecter l’environnement, c’est toujours d’actualité, mais çà l’était encore plus au moment de la sortie de l’album.” (video Q&A, facebook.com/jeanmicheljarre, 19/04/2016)

::Vidéos::

JMJ présente la plupart des instruments d’Oxygène (2008) : à voir sur YouTube

Dernière mise à jour le 07.01.2017

Lire aussi notre dossier Oxygène 40 ans

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